Musée de Grenoble

Les 20 ans

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Histoire

Créé il y a 200 ans, le musée de Grenoble a toujours été considéré comme l’un des plus prestigieux musées français et européens grâce à un patrimoine exceptionnel qui comprend à la fois des collections d’art ancien, moderne et contemporain.

Il connait un nouvel élan depuis son installation dans un nouveau bâtiment conçu par une équipe d'architectes grenoblois, en 1994,










Archives Municipales de Grenoble

Le musée, fruit de la Révolution

L'histoire du musée commence dans les années qui suivirent la Révolution française. Il est créé en 1798, sous l'impulsion de Louis-Joseph Jay. Soucieux de sauvegarder notamment les œuvres saisies dans les grandes abbayes du Dauphiné, parmi lesquelles on compte quelques chefs-d'œuvre tels le Saint Jérôme de Georges de la Tour provenant de l'abbaye de Saint-Antoine, ou le Christ en croix de Philippe de Champaigne, saisi au monastère de la Grande Chartreuse, il les met en valeur dans le palais de l'Evêché.

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Louis-Joseph Jay

Saint-Hilaire-de-la-Côte (Isère), 1755 – Vienne (Isère), 1836

Portrait de Louis-Joseph Jay Jacques-Augustin PAJOU (1766 - 1828), Portrait de Louis-Joseph Jay,1798 – 1799

Louis-Joseph Jay, fondateur et premier conservateur du musée de Grenoble, est un artiste, comme la plupart des conservateurs de musée au XIXe siècle. On sait peu de choses de sa production artistique et le musée de Grenoble ne conserve que quelques dessins de sa main, qui dénotent pourtant l'adhésion de l'artiste à l'esthétique néo-classique développée par David.

Il débute sa carrière à Montpellier, où il est chargé d'enseigner le dessin à l'académie des beaux-arts de 1787 à 1795. C'est à cette occasion qu'il se lie d'amitié avec le peintre Jacques-Augustin Pajou, fils du sculpteur, qui réalisera son portrait (fig.1.). De retour à Grenoble en 1796, il est chargé d'inventorier les œuvres saisies dans le département de l'Isère. A la même époque, il est nommé professeur de dessin à la toute nouvelle école centrale de l'Isère, installée dans l'ancien collège des jésuites de la ville (actuel Lycée Stendhal). Investi par sa fonction, Jay déploie toute son énergie pour mettre en place une pédagogie à la fois pratique et intellectuelle.

Il commence alors à réunir un matériel d'étude destiné à servir d'exemple à ses élèves, dont le plus célèbre n'est autre que le jeune Stendhal. Dans La Vie d'Henri Brulard, celui-ci nous rapporte un témoignage aussi vivant que précis des méthodes d'enseignement de Jay, fondé sur l'imitation et la copie des œuvres des grands maîtres. C'est d'ailleurs pour cette raison que Jay milite activement, à partir de 1797, pour la création d'un muséum à Grenoble, projet qui aboutira définitivement en 1800, après quelques difficultés.

Le conservateur ne manque pas d'idées pour enrichir la collection municipale. Il regroupe à Grenoble les saisies révolutionnaires du département, vient à Paris et négocie l'envoi par l'Etat d'œuvres de très grande qualité, lance des souscriptions auprès des notables grenoblois pour l'achat d'œuvres et suscite les dons de ces mêmes particuliers. Très marqué par son engagement politique durant la période révolutionnaire, Jay se voit destitué de son poste de conservateur en 1815, sous la Restauration. Il finira ses jours à Vienne en 1836.

Dès 1799 s'ajoute un premier envoi de l'État de douze tableaux, dont deux Vouet, deux natures mortes de Desportes et des grandes compositions de Philippe de Champaigne. En 1811, Grenoble fait partie des six villes de province bénéficiant des tableaux qui n'étaient pas destinés au musée Napoléon (Le Louvre) ou aux églises de Paris. C'est ainsi que L'Adoration des mages de Bloemaert ou le Saint Grégoire de Rubens entrent dans les collections. Dès sa fondation, le musée achète des œuvres de la plus haute qualité, comme en 1840 la Vue de Venise de Canaletto ou encore, le Roger et Angelique de Delacroix en 1858. Il est aussi le bénéficiaire de nombreux dons et legs de première qualité, jusqu'au milieu du XXe siècle. Ainsi le legs Léonce Mesnard en 1890, avec son magnifique ensemble de dessins anciens, permet au cabinet d'art graphique de prendre une nouvelle dimension, ou encore les nombreux dons du général de Beylié, amateur d'art éclairé et vrai mécène. Les quatre Zurbarán, mondialement célèbres, offerts en 1901, sont sans conteste les plus beaux fleurons de sa générosité. L'ampleur de la collection peu à peu rassemblée rend nécessaire, dès la deuxième moitié du XIXe siècle, la construction d'un bâtiment qui est érigé sur ce qui deviendra la place de Verdun. Cet édifice où est installée également la bibliothèque municipale, est l'œuvre de l'architecte Charles-Auguste Questel. Il sera inauguré en 1876 et abritera les activités du musée jusqu'en 1993.

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Jean-Marie Léonce Mesnard

Rochefort (Charente-Maritime), 1826 – Grenoble, 1890

Portrait de Léonce Mesnard, XIXe Portrait de Léonce Mesnard, XIXe

Homme du Second Empire, maître des requêtes au Conseil d'Etat, Léonce Mesnard descend d'une longue lignée de magistrats de Charente-Maritime. Venu s'installer à Grenoble à l'âge de six ans pour quatre années, il restera attaché à cette ville où il terminera ses jours en 1890. Sa passion de collectionneur et d'amateur d'art - il publiera plusieurs opuscules sur la musique et la peinture, et en particulier une étude sur les deux tableaux de Gaspard de Crayer du musée de Grenoble – prendra à partir de 1869 le pas sur sa carrière politique. Il se retire de la vie publique à Grenoble en 1870, pour vivre de ses rentes et se consacrer à ses collections qui comprenaient plus de seize mille objets. Si Léonce Mesnard a donné des peintures et des objets au musée, ce sont surtout ses dessins et estampes qui sont venus enrichir considérablement la collection grenobloise. De son vivant, Mesnard donne régulièrement des dessins (48 entre 1869 et 1890), mais c'est surtout le legs, entré en deux fois en 1902 et 1914, qui fait véritablement date par le nombre et la qualité des œuvres (3200 dessins et estampes de toutes les écoles, du XVe au XIXe siècle) et qui permet au musée de Grenoble de rassembler une collection de dessins digne de ce nom. Aujourd'hui, près des deux tiers des dessins anciens proviennent de ce fonds qui comprend des feuilles italiennes de Salviati, Palma le Jeune, le cavalier d'Arpin, Guerchin, Piazzetta, Tiépolo, françaises de Jean Boucher, La Hyre, Champaigne, Vouet, Coypel, Boucher, Fragonard, Hubert Robert, hollandaises de Rembrandt, flamandes de Jordaens, pour se terminer avec quelques chefs-d'œuvre du XIXe siècle, comme une draperie de jeunesse de Delacroix. 

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Léon de Beylié

Strasbourg, 1849 - passage de Tha-Dua (Laos), 1910

Francisco de ZURBÁRAN, L'Annonciation, 1638 - 1639 Francisco de ZURBÁRAN, L'Annonciation, 1638 - 1639Né en Alsace, Léon de Beylié appartient à l'aristocratie dauphinoise par son père qui lui transmet son goût pour les arts et l'initie très tôt aux collections du musée de Grenoble. Sa vocation militaire et l'extension française en direction des pays de l'Asie du Sud-Est qui l'amènent aux fonctions de général de brigade dans l'infanterie de marine à partir de 1903, bien loin de ses terres d'origine, ne le détacheront pourtant jamais de son "cher" musée et il n'aura de cesse de lui offrir le meilleur de ses découvertes artistiques.

Amateur d'art éclairé, il est un visiteur infatigable des salons, des expositions, des marchands d'art, des villes et des grands musées européens. Son intérêt le porte aussi vers l'archéologie, discipline pour laquelle il finance et initie des fouilles en Afrique du Nord et en Asie du Sud-Est, relatant hypothèses et conclusions dans ses écrits. A ce goût et à cette conscience que l'art et son histoire n'ont aucune limite de temps ni de lieu, la collection d'Antiquités du musée doit des pièces essentielles : deux masques funéraires d'Antinoé (Moyenne Egypte) du IIIe siècle et deux bas-reliefs de Palmyre (Syrie) de la fin du IIe ou du début du IIIe siècle, dons respectifs de 1900 et 1907. Les architectures byzantine et indienne feront aussi l'objet de publications et la riche documentation textuelle et en images qui alimente ses ouvrages ne cesse de nous interroger encore sur l'activité prodigieuse et l'énergie hors du commun du général de Beylié.

Grâce à sa générosité exceptionnelle, entre 1890 et 1905, près de cent-trente œuvres, peintures et sculptures, entrent au musée. Parmi elles les quatre tableaux exceptionnels de Zurbaran, des peintures de primitifs italiens dont Sainte Lucie, panneau de bois de la fin du XIIIe siècle attribué à Jacopo Torriti, une sculpture allemande, Saint Florian datée de 1520, mais aussi pour le XIXe des œuvres fortes, réalistes tels des fragments de Panorama de la bataille de Champigny d'Edouard Detaille, des portraits de femmes peints par Thomas Couture ou Jules Bastien-Lepage ou encore des mains en terre cuite modelées par Auguste Rodin.

Léon de Beylié sait trouver l'occasion rare, l'œuvre intéressante, muséale et accessible pour son budget qui viendra aussitôt combler une lacune dans la collection du musée.


Sa curiosité sans cesse en éveil, son ouverture sur toutes les cultures qu'il côtoie pendant ses missions et ses voyages lui donnent l'opportunité d'acquérir une multitude d'objets "chinés". Embryons d'une collection personnelle, ils viendront rejoindre dès les années 1890 la salle des collectionneurs du Musée-Bibliothèque mais l'importance de ces dons (près de 2 000 objets),  provenant pour l'essentiel de l'Asie du Sud-Est où Léon de Beylié effectue cinq missions entre 1884 et 1910, année de sa mort tragique dans les eaux du Mékong, aboutiront en 1900 à l'ouverture d'une salle portant son nom.

Léon de Beylié reste aujourd'hui encore le plus important mécène du musée de Grenoble.

 

La salle Beylié, collection orientale, XIXe La salle Beylié, collection orientale, XIXe

+ d'infos sur Charles-Auguste Questel et le Musée-Biliothèque

Charles-Auguste Questel, le Musée-Bibliothèque

 

C'est en 1876 que fut inauguré le somptueux Musée-Bibliothèque de l'actuelle place de Verdun, alors place d'Armes. Sa réalisation, sur les plans de Charles-Auguste Questel (1807 – 1888), à partir du programme établi par le conservateur de l'époque, le peintre Alexandre Debelle (1805-1897), témoigne de l'effort monumental de Grenoble sous le Second Empire.

Questel était déjà, pour Grenoble, l'auteur du projet de l'Hôtel de la Préfecture, alors en plein chantier, sur la place d'Armes également, l'un des ensembles urbanistiques les plus remarquables de la ville, sinon de la période.

Le bâtiment de Charles-Auguste Questel est inscrit sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis le 23 juillet 1992.

Façade du Musée-Bibliothèque place de Verdun, début XXe Façade du Musée-Bibliothèque place de Verdun, début XXe

Naissance du premier musée d'art moderne

Au début du XXe siècle, le musée de Grenoble, grâce à la richesse et à la qualité de sa collection d'art ancien, passe déjà pour un des grands musées de France. Il va devenir, sous l'action d'Andry-Farcy, son conservateur de 1919 à 1949, le premier musée d'art moderne.

Mes projets sont simples: continuer en faisant le contraire de ce qu’ont fait mes prédécesseurs.
J’ouvre la porte aux jeunes, à ceux qui apportent une forme neuve dans une écriture que je n’ai jamais encore vue !
Voilà la règle … qui permettra de réaliser le seul musée moderne qui soit en France.

Andry-Farcy, conservateur du musée de Grenoble (1919-1949)

 Très tôt Andry-Farcy fait entrer dans les collections les grands artistes de son temps, de Matisse à Picasso, de Bonnard à Léger. Ces œuvres proviennent de dons directement sollicités auprès des artistes comme Monet, Matisse, dont le chef-d'œuvre de la collection Intérieur aux aubergines, Picasso, Max Ernst, George Grosz ; des collectionneurs, parmi ceux-ci Jacques Doucet, le docteur Albert Barnes, Peggy Guggenheim ; ou des marchands tels que Daniel-Henry Kahnweiller, Ambroise Vollard, Paul Guillaume ou encore Alfred Flechtheim. Ces dons sont complétés par des achats remarquables dont Le Remorqueur de Fernand Léger en 1928 ou Le bœuf écorché de Chaïm Soutine en 193

À cela s'ajoute en 1923, le legs Agutte-Sembat qui apporte un ensemble unique et considérable d'œuvres néo-impressionnistes (Signac, Cross, Van Rysselberghe) et fauves (Matisse, Derain, Marquet, Vlaminck) et situe, dès lors, le musée comme un passage obligé pour découvrir ces mouvements. À son exemple, ses successeurs s'attacheront à compléter et actualiser cet ensemble prestigieux.

Aux acquisitions  s'ajoutent les dépôts du Musée National d'Art Moderne et du Fonds National d'Art Contemporain qui constituent le plus souvent des apports décisifs dans l'enrichissement de la collection, dont la priorité demeure la jeune création. C’est ainsi que l’art contemporain s’exprime dans sa diversité et ses interrogations avec des œuvres de Sol LeWitt, Ellsworth Kelly, Pierre Soulages, François Morellet,  Christian Boltanski, Annette Messager, Thomas Schütte, Bruce Nauman, Juan Muñoz, Sigmar Polke, Andy Warhol, Jeff Wall...

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Andry-Farcy

Charleville (Ardennes) 1882 - Grenoble 1950

Andry-Farcy devant l'Intérieur aux aubergines de Matisse Andry-Farcy devant l'Intérieur aux aubergines de Matisse et Le Fauve de Zadkine

Fils d'un fonctionnaire de l'Instruction publique, Pierre-André Farcy fait ses études à  Paris à l'Ecole nationale des Arts décoratifs, il fréquente également l'atelier de Cormon à L'Ecole nationale des Beaux-Arts. Il s'installe à Grenoble en 1907, où il vit de son art. Parmi ses diverses activités artistiques, il réalise des illustrations et des caricatures destinées à la presse locale. Ses peintures et ses dessins, qu'il signe Andry-Farcy, sont exposés dans différents Salons à Paris, à Lyon ainsi qu'à la galerie Fenoglio à Grenoble. En 1910 il est engagé comme dessinateur publicitaire puis comme critique d'art par Le petit Dauphinois. C'est avec ses affiches et ses célèbres dessins publicitaires des pâtes Lustucru qu'il réalise le meilleur de son œuvre. Andry-Farcy est en effet l'auteur du Per'Lustucru, personnage en pied avec un ventre en forme d'œuf, décoré du célèbre damier, qu'il crée en 1916. Le futur conservateur du musée vit aussi de sa plume. Avant et pendant la première guerre mondiale, il collabore à deux revues grenobloises, éphémères mais importantes, La Cimaise eLes trois roses.

Nommé à la direction du musée en 1919, Andry- Farcy réussit à le hisser au rang de premier musée d'art moderne de France, dès le début des années vingt. Pour parvenir à cet objectif il bénéficia de  l'appui, sinon l'approbation, du maire de Grenoble et de la direction des Beaux Arts. Il sut également mettre à profit le formidable outil de communication qu' était Le petit Dauphinois, principal journal local, pour informer les lecteurs de tout ce qu'il réalisait au musée. Enfin, grâce à ses relations privilégiées avec le monde de l'art et en particulier avec les artistes, il obtint de nombreux dons qu'il accrochait aussitôt sur les cimaises. Il poursuivit son action jusqu'à la fin de sa carrière en 1949, année où il fit entrer le jeune Pierre Soulages dans la collection grenobloise. Si aujourd'hui le musée de Grenoble compte parmi les grands musées européens, il le doit pour une large part à Andry-Farcy qui, non sans difficultés, mais grâce à son dynamisme, à sa ténacité et à son charisme réussit à imposer l'art de son temps.

+ d'infos sur Georgette Agutte et Marcel Sembat

Georgette Agutte et Marcel Sembat

Georgette Agutte
Paris 1867 - Chamonix 1922 

Marcel Sembat
Bonnières (Yvelines) 1862 - Chamonix 1922

Georgette Agutte en voyage à Venise, début XXe Georgette Agutte en voyage à Venise, début XXe, © Archives NationalesFille de peintre, Georgette Agutte s'initie à l'art chez un sculpteur. Elle commence de bonne heure sa carrière artistique et participe régulièrement au Salon des Indépendants et au Salon d'automne. De 1908 à 1919 elle expose à plusieurs reprises dans les galeries les plus prisées du moment,  celles de Georges Petit, Druet et Bernheim-Jeune. Coloriste avant tout, elle peint des paysages , des portraits et des nus d'où se dégagent les influences des artistes qu'elle admire, en particulier les impressionnistes, les néo-impressionnistes, et les fauves. Elle réalise également des décorations murales, des sculptures, des céramiques et des bijoux.

Après un doctorat en droit, Marcel Sembat collabore à plusieurs journaux dont L'Humanité de JaurèsEn 1893, il est élu député socialiste du XVIIIe arrondissement de Paris et y sera continuellement réélu jusqu'à sa mort en 1922. Ministre des Travaux Publics de 1914 à 1916, il choisit Léon Blum comme chef de cabinet.

Curieux et passionné, Marcel Sembat  s'intéresse aussi bien à la philosophie qu'à la poésie ou à la psychanalyse. Georgette Agutte qu'il épouse en 1897 lui fait aimer la peinture. A ses côtés il visite les expositions, prend part au jury du Salon d'automne et publie des textes en particulier sur Matisse et Marquet. Son discours  du 3 décembre 1912, à l'Assemblée nationale, en faveur de l'art moderne et plus particulièrement du cubisme est resté célèbre. 

Amateurs éclairés, très ouverts aux tendances nouvelles, les Sembat s'entourent de peintures, de sculptures, de dessins et d'objets d'art réalisés le plus souvent par des artistes qu'ils connaissent. Le 5 septembre 1922 Marcel Sembat décède d'une hémorragie cérébrale.  Georgette Agutte se suicide quelques heures plus tard. Dans ses dernières volontés elle indique que leur collection devra regagner un musée de province. A cette date seul le musée de Grenoble est en capacité de montrer des œuvres d'artistes vivants, notamment celles des deux principaux courants représentés : le  néo-impressionnisme autour de Paul Signac et le fauvisme autour de Matisse, Marquet, Derain, Vlaminck, ou Van Dongen. Le legs de la collection qui comprend 44 peintures, 24 dessins, 20 céramiques et 2 sculptures a lieu en 1923. L'année suivante le musée inaugure les salles destinées à la collection ainsi qu'une sélection d'œuvres de Georgette Agutte.

A son tour en 1995, Pierre Collart, neveu et héritier des Sembat lègue au musée les œuvres provenant de l'illustre collection et qui étaient encore en sa possession.  Deux œuvres majeures  du peintre néo-impressionniste  Henri-Edmond Cross se dégagent de cet ensemble : Le Cap Layet, 1904 et Antibes, 1908 qui sont exposées de façon permanente.

Le musée aujourd'hui

Cet intérêt pour l’art moderne et contemporain s’est également exprimé dans la programmation de nombreuses expositions temporaires qui constituent les grands rendez-vous de la saison et permettent, dans leur diversité, d’aller plus loin encore dans l’approche et la connaissance de l’art de notre époque.

Ainsi, en ces premières années du XXIe siècle, le musée de Grenoble offre-t-il la possibilité de parcourir, sans rupture, l'histoire de l'art occidental du XIIIe siècle jusqu'à nos jours, avec pour chaque période des œuvres de premier plan. À cela s'ajoute un fonds d'antiquités égyptiennes, grecques et étrusques, témoignage de l'intérêt non démenti des Dauphinois pour l'archéologie et le souvenir de la présence de Champollion à Grenoble.

+ d'infos sur le fonds d'antiquités égyptiennes, grecques et étrusques

Le fonds d'antiquités égyptiennes, grecques et étrusques

Frédéric-Auguste Bartholdi, Champollion, 1867 Frédéric-Auguste Bartholdi, Champollion, 1867Témoignant de l'intérêt porté dès le XVIIe siècle en Dauphiné pour l'égyptologie, un intérêt conforté par la présence active de Champollion, la collection d'antiquités égyptiennes du musée est particulièrement importante. Elle comprend aussi bien du mobilier funéraire que des objets de la vie quotidienne, des stèles que des fragments de bas-reliefs, l'un des plus beaux provenant du temple de Karnak. L'ensemble impressionnant de sarcophages est, en outre, très évocateur. Cette collection est complétée par un fonds  intéressant de céramiques grecques et étrusques ainsi que de la statuaire, dont une remarquable stèle funéraire attique.


Au milieu des années 1850, Bartholdi fait un voyage en Égypte. Il en ramène des dessins et des aquarelles ainsi que de nombreux  souvenirs. Peu après, il conçoit le projet de rendre un véritable hommage à Champollion. 

Cette œuvre, datée de 1867, est un original en plâtre dont le  bronze, jamais réalisé, était destiné à Figeac, la ville natale du célèbre égyptologue. Représenté dans une attitude de concentration intense, le pied gauche posé sur une tête de pharaon, il semble méditer sur ses découvertes. La taille de cette sculpture rappelle que Bartholdi avait été fasciné par la monumentalité des statues de pharaons  égyptiens. Malgré la gravité imposante du personnage et la grande qualité de la composition, certains critiques de l'époque ont dénoncé un manque de majesté et une trop grande familiarité.

En 1905, la veuve de Bartholdi l'offre à la ville de Grenoble, en souvenir des attaches régionales de son époux récemment disparu : il avait notamment été professeur d'histoire à l'université grenobloise. Déposé entre les deux guerres au lycée Champollion, il est entré au Musée à la fin des années 1990 après avoir subi un long et minutieux travail de restauration.

 Bartholdi est connu pour avoir réalisé Le Lion de Belfort en 1880 et la statue de La Liberté éclairant le monde pour l'entrée du port de New York, six ans plus tard.