Louis-Joseph Jay, fondateur et premier conservateur du musée de Grenoble, est un artiste, comme la plupart des conservateurs de musée au XIXe siècle. On sait peu de choses de sa production artistique et le musée de Grenoble ne conserve que quelques dessins de sa main, qui dénotent pourtant l'adhésion de l'artiste à l'esthétique néo-classique développée par David.

Il débute sa carrière à Montpellier, où il est chargé d'enseigner le dessin à l'académie des beaux-arts de 1787 à 1795. C'est à cette occasion qu'il se lie d'amitié avec le peintre Jacques-Augustin Pajou, fils du sculpteur, qui réalisera son portrait (fig.1.). De retour à Grenoble en 1796, il est chargé d'inventorier les œuvres saisies dans le département de l'Isère. A la même époque, il est nommé professeur de dessin à la toute nouvelle école centrale de l'Isère, installée dans l'ancien collège des jésuites de la ville (actuel Lycée Stendhal). Investi par sa fonction, Jay déploie toute son énergie pour mettre en place une pédagogie à la fois pratique et intellectuelle.

Il commence alors à réunir un matériel d'étude destiné à servir d'exemple à ses élèves, dont le plus célèbre n'est autre que le jeune Stendhal. Dans La Vie d'Henri Brulard, celui-ci nous rapporte un témoignage aussi vivant que précis des méthodes d'enseignement de Jay, fondé sur l'imitation et la copie des œuvres des grands maîtres. C'est d'ailleurs pour cette raison que Jay milite activement, à partir de 1797, pour la création d'un muséum à Grenoble, projet qui aboutira définitivement en 1800, après quelques difficultés.

Le conservateur ne manque pas d'idées pour enrichir la collection municipale. Il regroupe à Grenoble les saisies révolutionnaires du département, vient à Paris et négocie l'envoi par l'Etat d'œuvres de très grande qualité, lance des souscriptions auprès des notables grenoblois pour l'achat d'œuvres et suscite les dons de ces mêmes particuliers. Très marqué par son engagement politique durant la période révolutionnaire, Jay se voit destitué de son poste de conservateur en 1815, sous la Restauration. Il finira ses jours à Vienne en 1836.