Musée de Grenoble

Les 20 ans

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Dernières acquisitions

Pablo PICASSO,
Verre, 1914
Papier collé, épinglé, gouache & fusain sur papier vergé

Philippe COGNÉE,
Carcasses, (ensemble de 36 tableaux), 2003
Peinture à la cire sur toile

Charles CAMOIN,
Nu à la chemise mauve, 1908
Huile sur toile

Eberhard HAVEKOST, 
Flickery move B 07, (ensemble de 4 tableaux), 2007
Huile sur toile

 

 

 

 



A gauche : Daniel Dezeuze, La Vie amoureuse des plantes (détail), 1993, Encre brune, pastels gras et graphite sur papier canson, 75 x 110 cm. Don de la société des Amis du musée en 2012

Pablo PICASSO  (Málaga, 1881 – Mougins, 1973), Verre, 1914
Verre se rattache à une longue série de papiers collés sur le thème de la nature morte, entre 1912 et 1914, dans lesquels Picasso inclut un verre à côtes. Toutefois, ce collage, où l'artiste réintègre la troisième dimension dans une composition parfaitement plane, se distingue résolument des autres par sa radicalité et sa dimension sculpturale.
Le dessin limpide et épuré du verre confère à l'objet une présence monumentale. Pour définir sa forme, Picasso s'appuie tout autant sur le tracé au fusain que sur la découpe du papier gouaché de blanc. Il introduit des jeux de volumes et de transparences que souligne admirablement le "rayon noir" qui frappe le sommet du verre et l'illumine jusqu'à sa base. L'artiste parachève cette superposition de plans par la mise en exergue de l'épingle qui vient, au premier plan, littéralement "épingler le réel". Parmi les 130 papiers collés réalisés au cours de cette période, on ne recense que 13 papiers épinglés qui jalonnent ces trois années, dialoguant tantôt avec la peinture, tantôt avec les reliefs. Cette œuvre, dont la virtuosité n'a d'égale que l'économie de moyens, permet d'aller au plus près du processus créatif de Picasso au sommet de son art.
Forme exploratoire et expérimentale par excellence, elle a conservé une fraîcheur et une immédiateté qui ne laissent d'étonner encore aujourd'hui.

 

Philippe COGNÉE (Nantes, 1957), Carcasses, (ensemble de 36 tableaux), 2003
La suite de 36 peintures que réalise Philippe Cognée en 2003, constitue un des points d'orgue du développement de son œuvre ces dix dernières années. A l'instar de ses grands aînés, Rembrandt et Soutine, il se saisit du thème du bœuf écorché pour parler de la mort à l'heure de la mécanisation : un sacrifice à la chaine. Véritable labyrinthe de la mort, cette œuvre, par sa dimension répétitive et son dispositif environnemental, place le spectateur au cœur même de son sujet, à la fois bourreau et victime. Il en est d'autant plus l'otage que la beauté des matières, la puissance des couleurs et de leurs harmonies glacées suscitent dans un mouvement contraire, attirance et répulsion.
Ces sentiments mêlés continuent longtemps à hanter le spectateur et témoignent si nécessaire de la rare puissance de cette œuvre.

 

Charles CAMOIN (Marseille, 1879 – Paris, 1965), Nu à la chemise mauve, 1908
Le nu occupe une place importante dans la carrière de Camoin. Mais aucun n'atteint l'audace de celui qu'il expose en 1908 à la Galerie Kahnweiler, puis l'année suivante au Salon d'Automne, sous le titre de Femme couchée. Ce tableau vient clore une série réalisée dans des maisons closes, rue Bouterie ou au bar des Roses à Saint-Tropez, dont fait par exemple partie La Saltimbanque du Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. En effet, Camoin est le seul à exhiber dans une confrontation directe, sans le ressort de miroirs, le corps nu et en action, étendu sur un lit dont il suggère le confort sommaire par un environnement ne laissant aucun doute sur la nature du lieu. Aucun prétexte de sommeil ou de toilette ne parasite la scène, qui représente sans ambages une prostituée s'étirant vers le spectateur qu'elle cherche à atteindre de son bras, tandis que son corps, particulièrement dévêtu, happe le regard en le dirigeant vers son sexe qui, au centre de la toile, capte toute l'attention.
Camoin livre avec cette toile une des représentations les plus sulfureuses qui aient pu être réalisées durant cette période, tout en prouvant que les principes du Fauvisme peuvent coexister avec un éclaircissement de la palette.

 

Eberhard HAVEKOST (Dresde, 1967), Flickery move B 07, (ensemble de 4 tableaux), 2007
Flickery move est un très bel exemple des recherches de Eberhard Havekost sur la relation complémentaire entre photographie et peinture. A partir de quatre images d'un canapé en cuir noir, l'artiste, par les changements d'angle de vue, les découpes en gros plan, propose comme autant de compositions abstraites différentes. Le sujet apparaît ici, de fait, moins photographique que pictural, prétexte à de superbes variations chromatiques et à des effets subtiles de touche. Toutefois, la séquence de quatre vues, le dispositif avec deux tableaux superposés, conduit à s'interroger sur le sens de cette investigation photographique. Le caractère énigmatique, voire dérangeant de ces images s'impose peu à peu et fait passer insensiblement la peinture au second plan. Laquelle face à l'impossibilité de percer le mystère de ces images reprend ensuite toute sa place. Ce va et vient entre représentation et mode de représentation, photographie et peinture, est au centre des préoccupations des peintres allemands depuis Richter et Polke, et Eberhard Havekost par son approche virtuose et fine, apparaît comme l'un des plus talentueux héritiers de cette tradition.

Pablo PICASSO, Verre, 1914 Pablo PICASSO, Verre, 1914

Philippe COGNÉE, Carcasses, 2003 Philippe COGNÉE, Carcasses, (détail d'un ensemble de 36 tableaux), 2003

Charles CAMOIN, Nu à la chemise mauve, 1908 Charles CAMOIN, Nu à la chemise mauve, 1908

Eberhard HAVEKOST, Flickery move B 07, (série de 4), 2007 Eberhard HAVEKOST, Flickery move B 07 (ensemble de 4 tableaux), 2007