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La mort en Égypte ancienne

Dans l’Égypte antique, la mort n’était pas vue comme une fin mais comme une transition entre deux phases de l’existence, l’une terrestre et l’une dans l’au-delà auprès des dieux. Pour accéder à cette seconde vie, les égyptiens devaient remplir un certain nombre d’obligations.

La première d’entre elles était la préservation du corps. En effet, après la mort, le corps devenait le point d’attache du ka mais aussi du ba qui revenait quotidiennement s’unir à lui. Pour éviter sa disparition, les Égyptiens avaient recours à la technique de la momification. Ce procédé durait 70 jours. Une fois le corps lavé, les viscères et le cerveau étaient ôtés et placés dans les vases canopes (vases canopes d’Idou-pet-heri, MG 2001 et MG 2010) ou remis dans l’abdomen après avoir été embaumés. Seul le cœur, siège des sentiments et de l’intellect, était toujours conservé en place. Le corps était ensuite placé dans un bain de natron pour le déshydrater. De nouveau lavé, le corps était oint d’onguents et de parfum. Enfin, le corps était recouvert de bandelettes qui pouvaient parfois présenter des textes funéraires visant à la protection du défunt. Des amulettes protectrices étaient placées dans ou sur le corps, mais aussi entre les bandelettes. La momie était ensuite placée dans un cercueil dont la forme variable pouvait présenter un décor plus ou moins riche avec le défunt, des divinités, des formules protectrices (sarcophage de Psamétik, MG 1996)… Le tout était placé dans une tombe qui devait servir de maison au défunt pour l’éternité.

La survie du corps n’était pas la seule condition nécessaire à la survie du défunt. Le ka de ce dernier associé à la momie ou à une statue placée dans la tombe devait être alimenté. Cette tâche, en partie remplie par le mobilier funéraire, incombait aussi aux vivants. De fait, la famille du mort devait s’occuper des rites funéraires et des contrats pouvaient être passés entre l’individu et des membres du clergé pour que ceux-ci entretiennent son culte funéraire. Divers objets avaient pour but d’assurer l’offrande funéraire. C’est notamment le cas des stèles figurant le défunt assis face à une table d’offrande et qui présente souvent une formule d’appel aux vivants dans laquelle le défunt interpelle le passant pour lui demander de réciter les formules d’offrandes en son nom (stèle d’Ouser, MG 1954). De même, il était fréquent de se faire représenter dans la tombe bénéficiant des offrandes funéraires de manière à assurer cet approvisionnement pour l’éternité par le biais de l’image. Les textes présents sur ces objets préservaient également le nom du défunt et assuraient sa pérennité.

Le défunt devait aussi surmonter des épreuves dans l’au-delà. L’une des principales était le jugement par Osiris et son tribunal. A cette occasion, le cœur du défunt était pesé par Anubis qui le plaçait sur le plateau d’une balance, une plume ou une effigie de la déesse Maât étant placée sur l’autre plateau. Le défunt dont le cœur était juste était alors admis auprès des dieux. Le mauvais était condamné à une seconde mort définitive. Il était aidé dans sa quête par le mobilier funéraire, des objets et des formules permettant de faire pencher la balance en sa faveur. C’est le cas des scarabées de cœur qui, placés à ses côtés dans la momie, pouvaient parfois le remplacer. Ils étaient gravés du chapitre 30 B du Livre des Morts assurant au défunt que son cœur ne parle pas contre lui (pectoral de Pentaour, MG 2028).

Une fois justifié par les dieux, le défunt pouvait accéder au royaume d’Osiris. Cette contrée fertile permettait au mort de poursuivre sa vie sans manquer de rien. Mais pour bénéficier des abondantes récoltes de cette terre, il devait s’atteler aux travaux des champs. C’est pour pallier à cet inconfort que furent créés les oushebtis, les serviteurs funéraires du défunt (oushebti de Psamétik, MG 3574).

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Détail d’un cartonnage (inv. MA 4-2 (2)) montrant Anubis ou un prêtre prenant l’apparence du dieu. Il s’occupe d’une momie déposée sur un lit au-dessous duquel se trouvent les vases canopes contenant les viscères. Deux pleureuses et deux momies se trouvent de part et d’autre du lit.

Description de l’au-delà par les Égyptiens (extrait du chapitre 109 du Livre des Morts)

Je connais ce Champ des Souchets de Rê ; ses murs sont en cuivre ; la hauteur de son orge est de 5 coudées, avec des épis de 2 coudées et des tiges de 3 coudées ; son épeautre est de 7 coudées, avec des épis de 3 coudées et des épis (lire « des tiges ») de 4 coudées ; des bienheureux, de 9 coudées de hauteur pour chacun d’eux, le moissonnent aux côtés des Ames de l’Orient.

D’après Barguet (P.), Le livre des Morts des anciens égyptiens, Éditions du CERF, Mesnil-sur-l’Estrée, 1967, p. 143.

La vie après la mort décrite par les Égyptiens (extrait du chapitre 110 du Livre des Morts)

J’équipe cette tienne campagne, Hotep (Dieu symbolisant la félicité et sa campagne), ta (campagne) bien-aimée, maîtresse de la brise ; je m’y épanouis et j’y suis fort, j’y mange et j’y bois, j’y laboure et j’y moissonne, j’y coïte et j’y fais l’amour, mes incantations magiques y sont puissantes ; je n’en ai pas de reproches, ni d’inquiétudes, et mon cœur y est heureux.

D’après Barguet (P.), Le livre des Morts des anciens égyptiens, Éditions du CERF, Mesnil-sur-l’Estrée, 1967, p. 145.