Musée de Grenoble

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Fantin, le peintre des fleurs

Sur le sort injuste que l’histoire de l’art a réservé aux tableaux de fleurs d’Henri Fantin-Latour, beaucoup a été dit. À chaque grande exposition depuis trente ans, on s’est appliqué à nuancer le jugement sur leur caractère prétendu­ment répétitif, à dissiper le soupçon d’une simple besogne alimentaire. Ce cliché, l’artiste lui-même l’avait favorisé en s’amusant à se plaindre, assez régulièrement, de devoir peindre des fleurs alors que, pénétré de l’exemple des grands maîtres du passé, il avait l’esprit plein d’idées grandioses.

Participez au concours de dessin "A vos fleurs !" et tout comme Fantin-Latour, dressez le portrait d’une fleur sauvage ou apprivoisée, seule ou en bouquet.

Les années 1860

Après son échec au Salon en 1859, Fantin rejoint le peintre James McNeill Whistler à Londres. Ce séjour en Angleterre est déterminant pour le jeune homme qui se lie d’amitié avec le marchand d’art Edwin Edwards. Ses amis anglais l’encouragent à réaliser des natures mortes. Savamment agencées, celles-ci révèlent déjà ses qualités d’observation exceptionnelles et ne tarderont pas à devenir sa meilleure source de revenus. Jouant sur la répétition des motifs d’un tableau à l’autre, sur un habile compromis entre ordre et désordre, entre équilibre et déséquilibre, entre pleins et vides, Fantin témoigne d’un sens aigu de la composition, qui n’est pas sans évoquer les maîtres hollandais du XVIIe siècle.

Nature morte dite aux fiançailles, 1869. Musée de GrenobleVoir l'image en grand Nature morte dite aux fiançailles, 1869. Musée de Grenoble
Nature morte dite aux fiançailles

Henri Fantin-Latour rencontre Victoria Dubourg au musée du Louvre en 1866. Ils se fiancent en mai 1869 et c’est à cette occasion que Fantin offre cette nature morte à Victoria. Elle vient en quelque sorte sceller la promesse d’une union qui n’interviendra cependant que sept ans plus tard.

Au centre, se détachant sur un fond gris-beige, un vase de faïence à décor floral dans le goût chinois contient un bouquet de fleurs de printemps, constitué entre autres de jonquilles et de jacinthes, dont les jaunes, les roses et les carmins.

De part et d'autre sont disposés un petit compotier blanc rempli de fraises, un verre à pied contenant un vin à la sombre robe grenat et, posées à même la table, une fraise, trois cerises et une fleur de camélia au blanc onctueux et virginal. Fantin retrouve ici la magie des natures mortes de l'âge classique, à la fois allégories des cinq sens et vanités et montre également son attachement à l'art de Jean-Baptiste Siméon Chardin et sa proximité d'esprit.

Fleurs d’été et fruits, 1866 Fleurs d’été et fruits, 1866. Toledo (Etats-Unis), The Toledo Museum of Art © The Toledo Museum of Art
Fleurs d'été et fruits

Ce tableau, qui met en scène hortensias blancs et renoncules au centre d’une composition relevée par les fraises et les oranges du premier plan, est l’un des chefs-d’oeuvre des années 1860. L’objectivité et la précision avec lesquelles Fantin restitue couleurs et textures vont de pair avec la délicatesse infinie de son pinceau. Le vase transparent signe la grande maîtrise de l'artiste dans les reflets tandis que les tonalités vives des fraises et des oranges rehaussent les dominantes de blanc ou de couleurs pâles de la composition. La formule du coin de table où fleurs, fruits et objets sont savamment agencés est caractéris­tique de la décennie 1860. Elle sera peu à peu délaissée au profit de la simplicité et du sentiment.

Le monde des fleurs

À compter de 1873-74, Fantin renonce aux agencements savants dans ses natures mortes et choisit des présentations plus simples. Les fleurs deviennent son véritable sujet de prédilection, le thème privilégié de ses expériences picturales. Elles s'imposent dans un habile compromis entre ordre et désordre, équilibre et déséquilibre, vides et pleins. Cette production va s'étendre sur trente ans et compter entre 500 et 600 tableaux.

Fantin prépare ses toiles la veille, il en peint le fond. Le lendemain matin, le choix de la cueillette lui donne le ton de la palette. La mise en bouquet et la disposition des fleurs préfigurent le travail du pinceau, toujours exclusivement en atelier. Les tableaux témoignent fidèlement des trouvailles du jour, faites chez le fleuriste quand Fantin est à Paris, dans le jardin de ses amis anglais ou à Buré dans l'Orne, dans la maison de l'oncle de Victoria à partir de 1878.

Fantin montre son attachement au passé mais revendique également la modernité à travers l'influence de Manet auquel il voue amitié et admiration.

Roses dans une coupe, 1882 Roses dans une coupe, 1882. Paris, musée d’Orsay © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Photo René-Gabriel Ojéda
Roses dans une coupe

Friands de natures mortes, les Anglais de l’époque
victorienne goûtent plus particulièrement les tableaux
de roses, ce qui rejoint l’intérêt que suscite
chez Fantin cette fleur raffinée aux multiples visages.
« La rose, si difficile de dessin, de modelé, de couleur,
dans ses rouleaux, ses volutes, tour à tour tuyautée
comme l’ornement d’un chapeau de modiste, ronde
et lisse, encore en bouton, ou telle qu’un sein de
femme, personne ne la connut mieux que Fantin »,
écrit Jacques-Émile Blanche.