Musée de Grenoble

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Fééries musicales et oeuvres d'imagination

Dès 1854, en même temps qu’il peint sa première nature morte et ses premiers portraits, Henri Fantin- Latour réalise avec Le Songe sa première composition d’imagination. Cette expérience restera sans lendemain, le jeune artiste choisissant de rester fidèle à la nature. Cependant, profondément épris de musique, il s’enthousiasme très tôt pour les oeuvres de Richard Wagner, Robert Schumann et Hector Berlioz, qui nourrissent son âme de poète et le conduisent à concevoir à partir de la fin des années 1870 des oeuvres inspirées de l’univers musical.

À compter de 1890, Fantin n’exposera plus au Salon que des compositions d’imagination, pour lesquelles il trouve de plus en plus d’acheteurs. La réalité, nourrie de l’étude du passé, est désormais transcendée par le rêve. C’est avec une manière très personnelle, mélange de savoir-faire longuement mûri et de figuration vaporeuse, que Fantin rend hommage à la beauté du corps féminin, son sujet de prédilection. Cette technique, qui déroute la critique avant de la séduire, doit beaucoup aux recherches menées par le peintre dans le domaine de l’estampe : il adopte en effet sur la toile une touche évoquant le grattage de ses oeuvres lithographiques. Il en résulte des compositions à la fois solides et éthérées, combinaison paradoxale de classicisme et de modernité.

Ariane abandonnée, 1899 Ariane abandonnée, 1899. Lyon, musée des Beaux-Arts © musée des Beaux-Arts de Lyon / Photo Alain Basset
Ariane abandonnée

Ce qui plaît au peintre à la fin de sa vie, ce sont bel et bien les compositions d’imagination, qui sont autant d’hommages à la beauté du corps féminin de la part de celui qui est « un fervent de la beauté physique, du sourire des chairs, de la joie des lumières en fête sur l’épiderme. Il peint le nu de la femme avec une caresse ardente et retenue qui se reflète tout entière sur la nacre pâle et la pulpe tendre de ses modèles. Il fait passer, quand il peint le nu, dans sa peinture, un frisson de volupté édénique et sacré » (Kahn, 1926).
L’Ariane abandonnée du musée des Beaux-Arts de Lyon s’inscrit parfaitement dans cette veine. Le bateau esquissé au loin et le geste d’Ariane, fille du roi de Crète abandonnée sur l’île de Dia par Thésée qu’elle avait aidé à vaincre le Minotaure, confirment la dimension narrative du sujet. La place accordée au paysage ainsi que la position tout en torsions d’Ariane ont peu d’équivalents dans l’oeuvre de Fantin-Latour, tandis que les couleurs délicatement acidulées rappellent la leçon des peintres vénitiens, qu’il copia maintes fois dans sa jeunesse.