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Focus sur les œuvres

11 œuvres, sculptures et peintures, sont présentées dans l'exposition Raconte-toi. Découvrez-les !

Cindy Sherman, Sans titre, 1982

« Je ne pense pas à des autoportraits ni à des portraits de moi. Pour moi, ce sont d’autres personnes. Pendant que je travaille, c’est comme si j’avais un modèle. »

Cindy Sherman est née en 1954 à Glen Ridge aux États-Unis. Elle étudie la peinture et la photographie au State University College de Buffalo et s’installe à New-York en 1977. Elle réalise depuis des clichés dans lesquels elle est son propre modèle sans toutefois faire des autoportraits. Inspirée par le cinéma, la télévision et les magazines, elle endosse de multiples rôles à l’aide de maquillages, d’accessoires et de costumes. Son travail interroge les notions d’identité et d’apparence et révèle leur caractère malléable et artificiel. Il questionne également la nature de la photographie et son pouvoir de fiction.
Dans ces œuvres issues d’une même série, l’artiste se met en scène dans la peau de deux jeunes femmes à l’aspect simple et contemporain. Éclairées de façon théâtrale, elles sont assises au sol et remplissent presque intégralement le cadre. Leurs expressions et leurs attitudes diffèrent. Si l’une semble incarner le stéréotype de la jeune femme douce et pensive, l’autre, cigarette aux lèvres, vêtue seulement d’une chemise, paraît plus effrontée voire rebelle. L’absence de titre laisse au spectateur la liberté de compléter leur histoire.

© Cindy Sherman © Ville de Grenoble/musée de Grenoble - J.-L. Lacroix

Voir l'image en grand © ADAGP, Paris, 2019 © Ville de Grenoble/musée de Grenoble - J.-L. Lacroix
Leonardo Cremonini (1925-2010), Le Soleil à carreaux, 1980 – 1982

« Si l’image est prépondérante, il s’agit d’un tableau anecdotique, le spectateur ne fait rien, il reconnaît tout simplement. Mais si l’image est intégrée dans une complexité psychique, le spectateur doit faire une partie du tableau. Sans cette complexité de lecture, on reste dans l’illustration. À partir du moment où le spectateur n’a rien à faire, son désir n’entre pas en jeu. »

Leonardo Cremonini est né à Bologne en 1925. Son père cheminot et peintre amateur lui donne le goût de l’art et le soutient dans ses études à l’École des Beaux-Arts de Bologne puis de Milan. Ses premiers tableaux sont des images violentes de corps torturés faisant référence aux horreurs de l’Histoire contemporaine. Au début des années 1960, il change d’univers et s’oriente vers un art plus énigmatique. Il peint des scènes du quotidien dont les couleurs vives contrastent avec les expressions inquiétantes des personnages évoquant l’attente d’une catastrophe imminente.

Le Soleil à carreaux est représentatif des scènes d’intérieur de Leonardo Cremonini, où l’espace est structuré par les lignes des portes et fenêtres entrouvertes. Le spectateur est placé dans la position d’un observateur de l’intimité d’une famille absente symbolisée par un vélo d’enfant qui semble nous scruter de son œil-phare. L’espace clos de la maison ouvre sur l’extérieur avec l’évocation d’une mer calme sous un ciel azur. L’intensité des couleurs et les coulures de peinture qui apparaissent à la surface de la toile viennent renforcer l’atmosphère mystérieuse, presque irréelle du tableau.

Voir l'image en grand © The Easton Foundation © ADAGP, Paris, 2019 © Ville de Grenoble/musée de Grenoble - J.-L. Lacroix
Louise Bourgeois (1911-2010), Femme-Maison, 1947

« Mon travail repose en réalité sur l’élimination des peurs. Si vous ne pouvez abandonner le passé, vous devez le recréer. C’est ce que j’ai fait. »

Louise Bourgeois est née à Paris en 1911. Fille de restaurateurs de tapisseries anciennes, elle étudie le dessin dans plusieurs académies avant de travailler dans l’atelier familial. Mariée à un historien d’art américain, elle s’installe définitivement à New-York en 1938. Elle approfondit la pratique du dessin en matérialisant toutes ses idées à la manière d’un journal intime. Le corps humain, parfois démembré ou métamorphosé, est omniprésent dans son travail. Dans les années 1950, elle pratique la sculpture et réalise des œuvres abstraites d’une grande verticalité avant d’évoluer vers des formes plus organiques.

Cette gravure fait partie du premier grand cycle d’œuvres dans lequel Louise Bourgeois opère avec humour une fusion du corps et de l’architecture. La figure féminine, dont les jambes constituent les fondations de la maison, est associée à la solidité de la construction et affiche la puissance d’un colosse. L’image renvoie également cette femme à sa place au sein du foyer domestique. Son identité semble absorbée par la maison qui devient un symbole du refuge maternel. Les différentes pièces viennent également souligner les multiples facettes de sa personnalité.


Voir l'image en grand © ADAGP, Paris, 2019 © Ville de Grenoble/musée de Grenoble - J.-L. Lacroix
Mario MERZ (1925-2003), Sans titre, 1960

« L’inconnu et l’incommunicable sont à l’intérieur de la maison. »

Mario Merz est né à Milan en 1925. Il grandit à Turin où il étudie la médecine avant d’être emprisonné en 1945 en raison de ses liens avec un groupe antifasciste. C’est durant sa détention qu’il commence à dessiner des portraits de son compagnon de cellule. Ces premières œuvres sont à l’origine d’une abondante série de figures humaines peintes jusqu’aux limites de l’abstraction pendant 20 ans. L’artiste réalise ensuite des sculptures en employant des matériaux non-conventionnels tels que le verre, la terre, le néon, les journaux… Il devient, avec Michelangelo Pistoletto, l’un des principaux artistes du groupe Arte Povera.

Le tableau exposé, d’une grande force d’expression, est caractéristique des premières années de Mario Merz. Le choix d’une matière picturale épaisse et d’une palette fortement contrastée ainsi que l’énergie donnée à chaque coup de pinceau traduisent l’engagement physique et les émotions du peintre. Cette figure anonyme n’est pas un portrait mais l’image violente, primitive et universelle de l’être humain vivant dans un monde traumatisé, en pleine mutation. Ce visage inquiétant constitue également la part d’ombre de l’artiste qui livre ici une forme d’autoportrait.


Voir l'image en grand © Oscar Munoz
Oscar Muñoz (1951), Intérieur, 1977

« Dans mes premières réalisations, il y a une série nommée Interiores (Intérieurs). Le titre de ces dessins donnait à entendre la dimension de l’intime qu’ils reflétaient. Au-delà de la façon dont ces lieux étaient habités, c’était ce qui m’intéressait. »

Oscar Muñoz est né en 1951 à Popayán en Colombie. Après des études à l’Institut des Beaux-Arts de Cali, il commence sa carrière avec des séries de dessins dans lesquels se manifeste un intérêt profond pour le contexte social. Il s’éloigne ensuite des techniques graphiques traditionnelles et crée des images, le plus souvent des portraits, qui oscillent entre présence et disparition grâce à l’utilisation de matériaux et processus non conventionnels. La mémoire, la perte et la précarité de la vie sont au cœur de ses questionnements artistiques.

Réalisé en 1977, Intérieur nous conduit dans l’intimité d’une chambre. La lumière du jour, provenant de la fenêtre, fait émerger les formes de la pénombre. Deux lits, dont l’un semble occupé par une silhouette endormie, meublent la pièce. De nombreux cadres, objets-souvenirs et valises complètent ce modeste décor. Bien qu’il travaille à partir de photographies, l’artiste ne cherche pas à saisir la réalité dans toute sa précision. L’effet velouté et les forts contrastes autorisés par la technique du fusain lui permettent de traduire l’atmosphère mélancolique et mystérieuse du lieu.

Voir l'image en grand © DR
Patrick Faigenbaum (1954)

Fanny Bojman, rue de la Chaussée d’Antin, Paris, 2004
Famille Colonna di Paliano, Naples, 1991

« Mon travail consiste à organiser sur des modes différents selon les périodes, la scène dans laquelle je dispose les gens. Deux histoires se mêlent sans s’opposer, celle des personnages et de moi-même et de l’intrication entre ces personnes, leur décor et les objets qui leur sont familiers. »

Voir l'image en grand © DR Patrick Faigenbaum est né à Paris en 1954. Il s’intéresse d’abord à la peinture, étudie le graphisme avant de s’orienter vers la photographie. Il explore différents genres tels que la nature morte et le paysage mais la figure humaine demeure le thème central de son œuvre. Dans ses portraits, le modèle est au cœur de son propre environnement, organisé dans une savante mise en scène. Un dialogue silencieux s’instaure alors entre l’artiste, la figure et le décor.

La photographie réalisée dans un somptueux tirage en noir et blanc se rattache à sa longue série des grandes familles aristocratiques italiennes, qui lui apporte la reconnaissance dans les années 1980. Patrick Faigenbaum témoigne de sa fascination pour ces familles à la généalogie très ancienne qui vivent encore aujourd’hui dans les palais bâtis par leurs ancêtres. La seconde photographie a été réalisée pour une exposition au Louvre en 2005, faisant dialoguer des images de visiteurs du musée avec des portraits plus intimes. Le modèle est ici la propre tante de l’artiste, saisie dans son magasin de confection de vêtements. Ces deux œuvres aux univers très différents traduisent la volonté du photographe de mettre en valeur la mémoire des êtres et des lieux.

Voir l'image en grand © Ville de Grenoble/musée de Grenoble - J.-L. Lacroix
Michelangelo Pistoletto (1933), Il Disegno dello specchio (Le Dessin du miroir), 1979

« La première expérience figurative authentique de l’homme est de reconnaître son image dans le miroir. »

Michelangelo Pistoletto est né en 1933 à Biella, près de Turin. Il se forme à l’adolescence dans l’atelier de son père, peintre et restaurateur de tableaux puis fréquente une école de dessin publicitaire. Artiste pluridisciplinaire, associé au mouvement de l’Arte Povera dès sa création en 1967, il réalise un travail caractérisé par l’emploi de matériaux quotidiens, comme le tissu, le bois, le carton ondulé et le miroir. Ce dernier, au cœur de son travail depuis ses premières réalisations, lui permet d’aborder les thèmes du réel et de sa représentation, de la perception et du reflet, de la multiplication des perspectives et des espaces.

Il Disegno dello specchio est une installation composée d’un ensemble de miroirs aux formes variées, assemblés et inclinés contre le mur. Leur surface réfléchissante offre des images démultipliées de la réalité et fait entrer l’environnement architectural dans l’espace virtuel de l’œuvre. Objets d’introspection et de réflexion, ils renvoient également les portraits des spectateurs-regardeurs qui se retrouvent face à eux-mêmes. La succession des reflets éphémères introduit une nouvelle dimension dans l’œuvre, celle du temps.


Voir l'image en grand © Robert Guinan © Ville de Grenoble/musée de Grenoble - J.-L. Lacroix
Robert Guinan (1934-2016)

« J’avais pensé qu’elle avait environ vingt ans. En fait, elle en a trente-deux et elle a trois enfants, dont deux adolescents plus grands qu’elle. Elle portait des dessous rouges sur un ventre comme une peau d’éléphant couleur de cendres, un corps démoli par les drogues, la boisson et tout le reste… Il ne paraissait pas lui appartenir. »

Robert Guinan est né en 1934 à Watertown, aux États-Unis. Sa passion pour l’art débute très tôt et c’est à l’âge de 14 ans qu’il suit ses premiers cours de dessin. Il commence à peindre des scènes de café avant de s’installer à Chicago en 1959 pour étudier l’histoire de l’art, la peinture et la photographie à l’Art Institute. Les faubourgs de la ville et leurs habitants vont progressivement s’imposer comme les sujets de son travail. Il peint dès lors le métro et ses occupants, des ghettos noirs en ruine, des prostituées et autres marginaux qu’il rencontre dans les bars et boîtes de nuit.

Le modèle d’Anita at the Victor Hotel est une jeune prostituée. Allongée sur un lit, les bras croisés derrière la nuque, elle pose dans un décor où ne demeure que l’essentiel : un lit, un rideau, le sol et le mur. Le cadrage choisi, comme à travers un objectif, souligne le réalisme de la scène et place le spectateur en situation de témoin. La facture, précise et sensible, est servie par une palette réduite à des harmonies de gris et de bruns. Par son style dépouillé voire austère, l’artiste révèle sans misérabilisme la face cachée de la société américaine.


Voir l'image en grand © ADAGP, Paris, 2019 © Ville de Grenoble/musée de Grenoble - J.-L. Lacroix
Sophie Calle (1953), La Lame de rasoir, 1989

« Je tente de trouver des solutions pour moi-même, c’est ma thérapie personnelle. Le fait que ce soit de l’art me protège.
L’art me donne le droit de faire ces choses. »

Sophie Calle est née à Paris en 1953. Elle s’engage très jeune dans différentes actions militantes et vit de petits métiers lors de voyages en Europe et en Amérique, avant de se rapprocher du milieu d’artistes et de galeristes que fréquente son père, médecin et collectionneur. Elle se définit comme une « artiste narrative » : elle enquête, recueille des souvenirs, provoque des situations, des rencontres, des expériences qui deviennent œuvres d’art par le témoignage photographique et littéraire.

Sophie Calle se met très souvent en scène dans son travail, à l’image de La Lame de rasoir issue d’une importante série intitulée Autobiographies. Cette œuvre est constituée d’un texte et de la photographie d’un dessin représentant l’artiste. Alors qu’elle prenait la pose comme modèle vivant pour un groupe de dessinateurs, un inconnu parmi eux venait chaque jour la représenter avant de lacérer méticuleusement son travail, laissant les morceaux derrière lui en partant, jusqu’à ce qu’elle décide de mettre fin à ce rituel. Sans retenue, Sophie Calle raconte une histoire vécue et livre une image d’elle-même mêlant gravité et dérision. De manière obsessionnelle, elle rend le spectateur complice de son intimité.