Musée de Grenoble

Le musée de Grenoble présentera cet hiver une rétrospective de l’oeuvre de Daniel Dezeuze. Conçue en étroite collaboration avec l’artiste, elle permettra d’évoquer plus de cinquante années de création, de ses premiers travaux du milieu des années 1960 jusqu’à ses sculptures les plus récentes, en passant par les oeuvres qui marquèrent sa participation au mouvement Supports/Surfaces.

Membre fondateur en 1970 de Supports / Surfaces, Daniel Dezeuze pose avec le groupe la question du devenir de la peinture et de son rôle dans la société capitaliste. Parallèlement à une activité théorique importante, il travaille alors à la mise à nu du tableau et, ce faisant, à une certaine démystification de la peinture, une démarche initiée au demeurant dès 1967 avec ses premiers Châssis (un châssis de bois présenté tel quel, appuyé contre le mur) et poursuivie au début des années 70 avec les Échelles (constituées de lamelles de bois souples) et, à partir de 1975, avec les Triangulations et les Colombages.

Les années 80 marquent un tournant important dans ses recherches avec l’introduction dans son univers d’objets comme des portes ou de fragments d’objets assemblés qui revêtent l’apparence d’armes. Ces nouveaux éléments ouvrent un champ plus figuratif dans son oeuvre et marquent un réinvestissement de l’approche manuelle dans l’élaboration des formes.

De fait, l’artiste, avec les ensembles qu’il réalise ensuite et qu’il intitule Objets de cueillette et Réceptacles, s’approprie certains modes de création liés à l’univers des jardins et des forêts, à l’aide d’un faire archaïque, presque artisanal, et à partir de matériaux pauvres. Au fil des décennies, ces nouveaux composants s’entremêlent aux structures géométriques de ses débuts, créant peu à peu une oeuvre indéfinissable, dans un entre-deux peinture et sculpture s’interpénètrent, où structures post-minimalistes et éléments d’art brut se côtoient, et où, en définitive, seules priment la liberté et l’inspiration poétique de l’artiste. Cela apparait particulièrement évident dans le domaine du dessin que Daniel Dezeuze pratique régulièrement dès les années 1970. Là, sa très grande maîtrise technique s’efface devant l’expression pure du trait et le déploiement de son pouvoir de créer un motif, un espace, un monde. Néanmoins, quelques thèmes se détachent peu à peu de cet oeuvre, celui récurrent du châssis/écran, projection mentale en même temps que matérielle du souvenir du tableau, celui de la nature dans une approche renvoyant au monde agricole, ou encore, dans une sorte de rêverie médiévale, celui des armes et des blasons, et à travers le prisme de l’architecture notamment, celui du religieux.

A partir d’une sélection très précise d’oeuvres retraçant les principales étapes de l’oeuvre de Daniel Dezeuze, cette rétrospective permettra de saisir à la fois la complexité et la cohérence de la démarche de l’artiste sur plus de cinq décennies. Elle mettra en évidence également la place singulière qu’elle occupe dans le contexte de la création plastique en France durant cette période, et l’importance qu’elle revêt – par la modestie même de ses moyens – dans l’illustration de la capacité de l’art à émouvoir tout en enrichissant la vision et la compréhension du monde.

Commissariat : Guy Tosatto, directeur du musée de Grenoble et Sophie Bernard, conservateur en charge des collections moderne et contemporaine

Persistance du taoïsme © Adagp, Paris 2017 Persistance du taoïsme, 2005. Pastel sur Canson, 110 x 75 cm, Galerie Daniel Templon © Adagp, Paris 2017