Musée de Grenoble

La rétrospective de l’oeuvre de Daniel Dezeuze que présente le musée de Grenoble est une occasion exceptionnelle de découvrir le parcours de cet artiste français majeur sur plus de cinq décennies. En effet, en dépit de quelques grandes expositions qui lui ont été consacrées dans le passé, c’est la première fois que le public pourra voir, en un même lieu, la totalité des séries que Daniel Dezeuze a développées tout au long de sa carrière. Par souci de clarté, l’exposition est structurée de manière chronologique et thématique. Cela étant, parce que cette oeuvre procède entre autres par retours cycliques à des formes antérieures, quelques rapprochements hors chronologie ont parfois été opérés.

Focus sur une sélection d'oeuvres de l'artiste

Les premiers châssis

Photo : Ville de Grenoble © Adagp, Paris 2017Voir l'image en grand Photo : Ville de Grenoble / musée de Grenoble – J.-L. Lacroix © Adagp, Paris 2017

Membre fondateur du groupe Supports / Surfaces (1968-1972), il s’attache, aux côtés de Claude Viallat et de Patrick Saytour, à la redéfinition de la peinture. Dans le sillage de ses Toiles ajourées en rupture avec le tableau classique, le châssis brut, oeuvre manifeste et radicale, simplement posée au sol annonce en 1967 le projet artistique de Daniel Dezeuze, celui d’une analyse structurale de la peinture et de ses constituants. Comme la Canisse enroulée, les Échelles de bois souple (1970-1977), véritables graphies dans l’espace, se situent à mi-chemin entre la peinture et la sculpture.

Les objets de cueillette

Objets de cueillette © Adagp, Paris 2017Voir l'image en grand Objets de cueillette, 1993 Collection privée Crédit photographique : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble - J.-L.Lacroix © Adagp, Paris 2017

Voici des assemblages prosaïques semblables à ceux des braconniers, récoltants de miel,
distillateurs à la sauvette dans les campagnes. [...]
La vraie Histoire est celle des gens de peu, qui n’étant presque rien, n’ont laissé que des traces infimes.
Notes sur les Objets de cueillette (Réceptacles), 1994-1995

Dans les années 90, l’univers de la nature fait son apparition dans l’œuvre de Daniel Dezeuze. L’artiste « bricole » à partir d’objets du quotidien des assemblages hétéroclites et poétiques qui rappellent les activités des champs et forêts, des glaneurs, des chasseurs ou autres adeptes de la braconne. Dezeuze les perçoit comme des prolongements de son bras, à même d’atteindre d’énigmatiques proies. Posés contre le mur, les Objets de cueillette (1992-1995) constituent aussi de belles et graciles compositions graphiques. Reliant la terre au ciel, bizarrement dégingandés, ils donnent le sentiment d’aspirer à une impossible transcendance. Il en émane une poésie du non-sens qui place Dezeuze tant du côté de l’enfance que des robinsonnades de Michel Tournier.

Peintures sur panneaux extensibles et peintures sur chevalet

Peintures sur panneaux extensibles et peintures sur chevaletVoir l'image en grand Peintures sur panneaux extensibles et peintures sur chevalet. Crédit photographique : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble - J.-L.Lacroix © Adagp, Paris 2017

En 1969, à Coroaze, Daniel Dezeuze installe pour la première fois entre les murs de maisons un treillis extensible. Souvenir de la grille moderniste ou du tissage de la toile, cet objet utilisé pour faire grimper les plantes sur les tonnelles est fréquemment utilisé par l’artiste qui en apprécie le motif de résille. Les Peintures sur panneaux extensibles (1996-2000) sont réalisées avec des carrelets de bois généralement utilisés dans le bâtiment. Le raffinement des couleurs qui s’infiltre dans les croisillons transcende le matériau premier et fait de ces objets de véritables tableaux. Fixés dans de petits établis de métal trouvés en grandes surfaces, les treillis des Peintures sur chevalet (1998-1999) trônent non sans facétie comme les peintures d’antan sur leur chevalet de bois. Uniformément peints, à mi-chemin entre la peinture et la sculpture, ils révèlent combien, au milieu des années 90, Dezeuze s’est réapproprié le « métier de peintre ».

Les gazes

Photo : Ville de Grenoble © Adagp, Paris 2017Voir l'image en grand Photo : Ville de Grenoble / musée de Grenoble – J.-L. Lacroix © Adagp, Paris 2017

Réalisées à l’aide de tarlatane amidonnée, matériau léger et souple, les Gazes incarnent un sommet de légèreté et de transparence (1977- 1981) dans l’œuvre de Daniel Dezeuze. De prime abord, ces fines étoffes apparaissent comme une évocation fantomatique de la toile. Dezeuze s’inscrit aussi dans le sillage d’un Matisse, dessinant dans l’espace avec ses gouaches découpées. Avec leurs formes baroques, teintées plus que peintes – au bitume de Judée, à la peinture vaporisée, les Gazes se donnent à voir tels de libres exercices, des notes de musique hors de toute portée. Vaporeuses et flottantes, elles ont pour l’artiste d’étroites affinités avec les nuages et à leur image semblent capables d’adopter l’infini des formes du monde visible.

Dessins

La Vie amoureuse des plantes © Adagp, Paris 2017Voir l'image en grand La Vie amoureuse des plantes, 1993 Encre brune, pastels gras et graphite sur papier Canson, 75 x 109,7 cm Musée de Grenoble Crédit photographique : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble - J.-L.Lacroix © Adagp, Paris 2017

Le dessin est plutôt de l’ordre de la dilatation,
de l’explosion, en opposition avec le caractère
implosif des objets.
Entretien avec Henry-Claude Cousseau, 1990

À l’exception d’une courte période de 1967 à 1976, le dessin a toujours occupé dans l’oeuvre de Daniel Dezeuze une place importante. L’artiste s’est souvent exprimé sur la nécessité d’un va-et-vient entre la feuille de papier et l’objet, entre l’expression de la ligne et la troisième dimension. Traits de sanguine ou de crayons aquarelle, lavis : la matière vibre. La feuille devient le réceptacle d’énergies diverses.

Dans le cycle La Vie amoureuse des plantes (1985-1993), Daniel Dezeuze s’inspire de son jardin méditerranéen, sur le Mont Saint-Clair à Sète et livre des feuilles d’une grande sensualité donnant à voir le bouillonnement de la nature. « Finalement ce sont des documents de plain-pied dans un petit jardin. Je vais les regarder et je reviens. »