Musée de Grenoble

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3 questions à...

Valérie Huss, commissaire de l'exposition Grenoble et ses artistes au XIXe siècle, et Vincent de Taillandier, guide-conférencier à l'Office de tourisme, vous dévoilent l'exposition et la vis à Grenoble au XIXe siècle.

QUATRE QUESTIONS À VALÉRIE HUSS

CONSERVATRICE DU PATRIMOINE ET COMMISSAIRE DE L’EXPOSITION GRENOBLE ET SES ARTISTES AU XIXE SIÈCLE

D’où est venue l’idée de cette exposition ?

Depuis son arrivée à la tête du musée de Grenoble, Guy Tosatto travaille avec l’équipe à l’étude et la mise en valeur des collections. Nous avons ainsi déjà présenté cinq expositions consacrées aux collections d’arts graphiques et une aux arts d’Afrique. C’est maintenant au tour de la collection d’oeuvres régionales de bénéficier d’un éclairage particulier. Les recherches réalisées sur ce fonds ont vite révélé l’effervescence culturelle de Grenoble au XIXe siècle, c’est ainsi que le sujet Grenoble et ses artistes au XIXe siècle s’est imposé comme une évidence.

Quel sera son parcours ?

L’exposition se décompose en deux parties : la première évoque l’histoire et le contexte artistique de la ville. Quel rôle a joué le musée ? Où et comment se formaient les artistes ? Quels étaient les établissements et les réseaux artistiques ? Cette première partie permet au visiteur de découvrir le cadre qui a permis l’émergence et l’épanouissement de nombreux peintres et sculpteurs dans la capitale des Alpes. Puis nous suivons leur parcours de formation à Paris et en Italie. La seconde offre un panorama de la diversité de la production de ces artistes. La sculpture dans la ville, les portraits, la peinture d’histoire et de genre, sans oublier la peinture de montagne !

Quel rôle joue plus précisément le musée dans la vie artistique grenobloise du XIXe siècle ?

La création du musée en 1798, impulsée par l’artiste Louis-Joseph Jay (qui en fut le premier directeur), a été un événement décisif pour le développement de la vie culturelle. Bien sûr, il se passait déjà des choses à Grenoble sur le plan artistique mais sa création a amplifié le phénomène. Les établissements de formation ont pris appuie sur le musée où les jeunes artistes venaient copier les oeuvres et les plâtres d’après l’antique : c’était ainsi le cas pour l’école municipale de dessin (1817), de sculpture architecturale (1831) et de sculpture industrielle (1882), les cours privés… Au XIXe siècle, les différents directeurs du musée cumulaient plusieurs activités : artiste, directeur de l’école de dessin et conservateur du musée.

Vous gérez le commissariat de cette exposition. Que représente le travail en amont ?

Déjà 2 ans que nous travaillons sur cette exposition avec l’aide de Candice Humbert. Il a fallu dresser un état des lieux de la collection et compléter son étude. Un travail de documentation important a été réalisé, à la fois sur les oeuvres et sur les artistes présentés. À partir de là, nous avons une matière suffisante pour rédiger le synopsis de l’exposition et sélectionner les tableaux, sculptures et documents d’archive qui vont illustrer notre propos. La grande majorité provient de la collection du musée mais nous devons aussi faire quelques emprunts à d’autres musées isérois pour compléter les lacunes. En parallèle, il faut organiser et suivre les restaurations nécessaires avant la présentation des oeuvres ; travailler avec la scénographe et la graphiste ; assurer la coordination scientifique et éditoriale du catalogue qui accompagne chaque exposition. Le tout en continuant à assurer les missions quotidiennes d’un conservateur !

TROIS QUESTIONS À VINCENT DE TAILLANDIER

GUIDE CONFÉRENCIER À L’OFFICE DU TOURISME - GRENOBLE MÉTROPOLE

Vous connaissez l’histoire de Grenoble sur le bout des doigts. Pouvez-vous nous plonger dans l’ambiance de la ville au XIXe siècle ?

Au XIXe siècle, la ville de Grenoble est en pleine ébullition et s’agrandit considérablement. Sa population triple entre le début et la fin du siècle, atteignant pas loin de 80000 habitants. Il est vrai que la ville est devenue une grande ville industrielle marquée notamment par la fabrication des gants, les activités mécaniques et de chaudronnerie. En 1830, le maire Hugues Berriat obtient de haute lutte que les nouvelles fortifications soient construites plus au sud permettant enfin à la ville de s’étendre. Les fortifications entraveront longtemps le développement de la ville. Car Grenoble est une ville de militaires. Hommes de troupes et officiers font partie intégrante de la vie grenobloise. À partir du Second Empire, la vie culturelle et artistique grenobloise connait une grande effervescence. À côté des élites traditionnelles, issues de la noblesse et de la magistrature, la bourgeoisie marchande et industrielle, de plus en plus nombreuse et fortunée, se passionne pour les arts, soutient et emploie les peintres et sculpteurs grenoblois. Sur la pression de la bourgeoisie, les maires cherchent à embellir et agrandir le centre-ville. Edouard Rey obtient de l’armée de faire abattre les fortifications ouest qui séparaient la vieille ville du quartier de la gare et de déplacer la première caserne de Bonne. Ainsi pourra s’élever le nouveau quartier de la place Victor Hugo avec ses immeubles élégants, peu après relié à la place Grenette par la rue Félix Poulat et qui deviendra le coeur de Grenoble à la Belle Époque.

Grenoble est surtout connu pour son patrimoine XXe siècle, mais la ville cache aussi des merveilles du XIXe siècle. Quelles sont-elles ?

Pour moi, la Place de Verdun, ancienne Place d’Armes, constitue sans conteste le plus bel ensemble architectural XIXe de Grenoble et l’une des plus belles places Second Empire de France. Cet espace de représentation banni de tout commerce et destiné à l’origine aux prises d’armes du régiment d’artillerie, est bordé par trois prestigieux bâtiments. La préfecture tout d’abord, inaugurée en 1867 et conçue par l’architecte parisien Questel ; l’ancien Hôtel de la Division, édifié en 1868 par l’architecte parisien Delarue ; enfin, le musée-bibliothèque, de style plutôt renaissance, conçu également par Questel, abrite l’une des plus belles bibliothèques de France. Les Halles Sainte-Claire, construites en 1874 par l’architecte départemental Riondel sur le principe des halles Baltard, constituent un édifice élégant avec sa façade principale ornée d’une fontaine.

Vous organisez en partenariat avec le musée des visites dans le Grenoble artistique du XIXe siècle. Donnez-nous un aperçu de ce que l’on découvrira.

C’est à une balade culturelle au coeur de la ville au fil des oeuvres réalisées par les artistes grenoblois présentés dans l’exposition du musée que le guide conviera les visiteurs. Grenoble recèle en effet un nombre important d’oeuvres, essentiellement sculptées, qu’il est intéressant de découvrir in-situ. Victor Sappey, Urbain Basset, Diodore Rahoult... sans les citer tous bien sûr, ont en effet contribué aux décors de plusieurs fontaines, monuments et façade d’édifices publics et privés. La visite donnera l’occasion de présenter les lieux de formation des artistes, telle l’école de sculpture architecturale et d’évoquer certains aspects méconnus de la vie culturelle et artistique grenobloise au XIXe siècle ainsi que d’intéressantes anecdotes sur les artistes et leurs oeuvres.