Musée de Grenoble

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LIEUX-DITS - un précipité de vies

Dans le cadre de la Saison 02 de paysage>paysages, Laboratoire propose au musée de Grenoble une installation intitulée Lieux-Dits. Un précipité de vies.
A travers une sélection de noms de lieux-dits déposés sur le sol de la grande galerie du musée, cette proposition vous emmène sur le territoire dauphinois à la découverte de son histoire et des empreintes laissées par les hommes qui y ont vécu.

Une proposition de Philippe Mouillon, avec la collaboration scientifique de Jeanine Elisa Médélic

--> www.paysage-paysages.fr

Les quelques centaines de mots déposés au sol de l’allée centrale du musée de Grenoble sont un condensé des milliers de noms de lieux-dits qui titrent – ou plutôt sous-titrent, avec soin le paysage. Ces fragments sont tenaces – certains mots plongent leurs racines dans un temps antérieur à l’Occupation romaine, et ont été si souvent mastiqués et prononcés par des bouches nouvelles que leurs sens aujourd’hui affleurent mais ne cessent de se troubler et de nous échapper : Vipéreuse, Miséroud, Mal-Pourchie, Les Écondues, Les Écorrées, Les Embouffus… car le mot est là, sans y être. Il appartient à une langue, fantôme de la nôtre. La plupart des noms de lieuxdits ont été disciplinés, castrés et normalisés par les pouvoirs religieux, militaires et territoriaux qui se sont succédés ici, mais ils conservent pourtant encore l’empreinte des complicités entre faibles, des intuitions, des perceptions communes ou rares accumulées puis léguées depuis la nuit des temps par les femmes et les hommes ayant pratiqué ce territoire avant nous.
Chaque lieu-dit est en quelque sorte une traduction, la conversion patiente des gestes ordinaires d’une multitude d’individus en récits : La
Rigolette, Crève-Corps, Gâte-fer, Gueule de Veau, La Petite Quinzaine, Le Clap, Le Grand Carton, Le Jas de la Plume, Le Lot Perdu, Le Kilomètre Quarante, Les Petites Poulettes, La Capuche, Pré-Crétin, Vie-Creuse, Val-Content, Derrière-les-Trucs… Ces récits cristallisent des temps flous, évidés de l’histoire humaine. Ils viennent d’en dessous ou d’en deçà de l’histoire officielle, des lointains du vivant. Ils disent la désorientation devant l’impensable de la condition humaine, la terreur et la douceur de vivre, le besoin de clôtures et son exact contraire, la nécessité de s’extraire du cadastre local et d’un quotidien de simple subsistance pour tenter d’approcher l’infinie consistance d’humanités inouïes, de poétiques nouvelles. Ces mots sont des précipités de vies – vies imprégnées, infusées, déployées dans chaque parcelle de paysage. Ils forment un patrimoine précieux, assemblant avec virtuosité des données incertaines comme le font aussi parfois les artistes, certaines recettes de cuisine ou les pharmacopées anciennes.

Philippe Mouillon

Petite promenade à travers quelques noms de lieux :

Isère
Ce nom de cours d’eau est construit sur deux bases indoeuropéennes très productives (IS+AR) avec une finale féminine A : Isara. Notez que toutes les rivières importantes sont féminines, à l’exception notable du Rhône. Dans La Guerre des Gaules Jules César mentionne deux « Isara », celle qui traverse le Dauphiné et celle qui traverse l’Ile de France et que nous connaissons aujourd’hui, déformation phonétique oblige, sous le nom d’Oise.

Le Fontanil
Du latin fons, -tis (accusatif fontem) qui désignait la source (naturelle) en latin. Les sources captées reçurent le nom de fontana (fontem + suffixe –ana) qui donne « fontaine ». Fontanil est un fontana + suffixe illum pour désigner un endroit particulièrement riche en eau. Les ruisseaux qui dévalent les contreforts de la Chartreuse et la proximité de l’Isère appuient cette interprétation.
Le département de l’Isère est riche d’une (presque) centaine de toponymes sur base font- : Nombreux Font(s), Fontaine(s), Fontaine- adjectif, Fontenille(s), Fontanille(s…)

La Poya (Fontaine)
Du latin podiu / -a (pluriel) «hauteur / éminence»
Ce terme est à l’origine de noms extrêmement fréquents désignant des reliefs de hauteurs très variées. La forme Poya est typique de notre région. Elle apparaît aussi suffixée : Chemin de la Poyette (à Livet-et-Gavet). Le singulier podiu (+ suffixe) est à l’origine de Le Peuil (à Claix ou à Lans en Vercors). Les évolutions phonétiques, qui varient selon les régions, ont produit des formes très diversifiées qui peuvent sembler extrêmement éloignées les unes des autres, comme Poët-Laval, Poët-Célard dans le département de la Drôme, ou encore Pech, Puech, Pouy, Puget fréquents dans la toponymie occitane. La forme Puy, qu’on retrouve au Puy-en-Velay en Haute-Loire, ou à Puy-Saint-Martin dans la Drôme, est devenu un nom commun par l’intermédiaire du vocabulaire de la géologie. La langue commune utilise aussi podium, dans un de ses sen

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Ça remue ! au musée de Grenoble les les 2, 3 ,4 mars

Performances - Installation - Mashup de films - Conversations - Conférence fiction. Trois jours intenses pour questionner ensemble le paysage en mouvements et les mouvements du paysage avec les artistes et penseurs associés à Paysage>Paysages.

Entrée gratuite les 3 et 4 mars