Musée de Grenoble

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NOUVELLE ACQUISITION POUR LE MUSEE GRACE AU SOUTIEN DU CLUB DES MECENES

Michael Sweerts est l’un des artistes flamands les plus singuliers du XVIIe siècle. Peintre de portraits, de scènes de genre et d’œuvres religieuses, il s’affirme à Rome par un style alliant un réalisme caravagesque puissant à une poésie intimiste d’une rare profondeur.
Ce tableau vient de rejoindre les collections du musée de Grenoble avec l'aide du Club des mécènes, du FRAM et pour la première fois du Fonds du patrimoine.

Très peu représenté dans les collections publiques françaises, Michael Sweerts est un artiste rare et recherché (moins de cent trente œuvres de sa main sont actuellement recensées). Au sein des collections du musée de Grenoble, ce tableau apporte un complément précieux à l’ensemble de peintures nordiques en comblant une lacune, celle précisément des scènes intimistes avec des personnages issus du peuple. Un genre dans lequel Sweerts excelle et auquel il confère un pouvoir d’évocation unique.

Présent à Rome dès 1646, Michael Sweerts se forme dans le milieu des Bamboccianti, peintres de genre qui, tels Cerquozzi et Miel, travaillaient dans la tradition de Pieter Van Laer. « Bamboche » (pantin) était le surnom qui avait été donné à cet artiste néerlandais qui s’était fait une spécialité dans l’évocation des petites gens de la ville éternelle. De fait, Sweerts acquiert très vite une réputation grâce à ses compositions au clair-obscur profond et au réalisme caravagesque, qui mettent en avant le peuple des rues et des campagnes dans des scènes souvent intimistes. C’est le cas de ce vieil homme tricotant avec un garçon à ses côtés.

Un vieil homme tricotant avec un garçon à ses côtés Un vieil homme tricotant avec un garçon à ses côtés, c. 1646-1650


L’ œuvre en détail
L’œuvre, qui provient de la collection Corsini, est en cela très représentative de la période romaine de Sweerts et peut être datée autour de 1646-1650. De format modeste, comme souvent chez lui, elle s’appuie sur la figure centrale d’un homme âgé assis de face, représenté à mi-corps. Coiffé d’un chapeau de feutre d’où s’échappent de longues mèches bouclées, le visage mangé par une épaisse barbe blanche, il baisse son regard vers l’enfant debout à ses côtés. La lumière, venant de la gauche, éclaire son visage et ses mains aux tonalités chaudes, et jette sur ses vêtements aux harmonies de brun et de beige des éclats d’une blancheur crue tout en en soulignant les accros et les usures. Un bras appuyé sur une console, il tient entre ses doigts cinq fines aiguilles à tricoter et un ouvrage en cours d’un blanc parfait. Un fil de laine s’en échappe et conduit à la pelote que l’enfant serre dans sa main droite tandis qu’il porte la gauche sur sa tête. Il apparaît de profil, dans l’ombre, son œil interrogateur tourné vers le vieil homme. Un rai de lumière fait rougeoyer son oreille et sa joue, et détaille ses petits doigts malhabiles. Le fond, plongé dans une obscurité totale, donne à la figure centrale un relief saisissant et une présence toute particulière.
L’artiste s’est appliqué à rendre avec minutie l’aspect rustique et élimé des vêtements et les traits d’une délicate robustesse du vieil homme. Sa peau tannée, les rides marquant son front, sa barbe cotonneuse et ses mains aux doigts forts et agiles lui confèrent une apparence à la fois douce et mûre.

Un double portrait, filial et intimiste
Tricoter est à cette époque une activité masculine, pratiquée généralement en hiver lorsque le climat n’autorise pas de travaux à l’extérieur. Cela permet de se vêtir à moindre coût ou de générer quelques revenus supplémentaires. Le tricot constitue ici le prétexte à suggérer une atmosphère à la fois silencieuse et recueillie que vient interrompre l’enfant. Son attitude et son expression donnent à penser qu’il questionne celui qui pourrait être son grand-père sur ce qu’il est en train de faire. Réclame-t-il un bonnet, comme son geste le laisse entendre ? Quoi qu’il en soit, un dialogue se noue, que matérialisent à la fois l’échange de regards entre eux mais surtout le fil de laine blanc qui les relie. Métaphore du cordon ombilical, et ce faisant du lien parental unissant les deux personnages, ce fin linéament éclaire l’affection chaleureuse et attendrie qui émane du vieillard comme l’attention bienveillante qu’il porte au garçon. Par son expression à la fois tendre et méditative, il semble touché par l’innocence de l’enfant, par sa naïveté, sa pureté. Toutes choses, dont lui seul sait qu’elles sont éphémères et qu’il perdra comme lui-même les a perdues en vieillissant.

Ce faisant, Sweerts, comme souvent, confère à une scène anodine une profondeur d’ordre spirituel, entraînant ici le spectateur dans une réflexion métaphysique sur le temps, suggérée par le fort contraste entre l’enfant et l’homme âgé, mais aussi sur le lien entre les générations, auquel participe la transmission des connaissances (l’apprentissage du tricot) et la confiance en l’avenir qu’elle suppose.