Musée de Grenoble

Les 20 ans

La section consacrée à l'art moderne est remarquable par la qualité des œuvres réunies et le caractère prestigieux de leur provenance. Grâce à l’action d’Andry-Farcy, qui à partir de 1919, date de sa nomination comme conservateur, défendit l’art d'avant-garde à Grenoble, nombre d’œuvres exceptionnelles entrèrent dans les collections. Ainsi, du Legs Agutte-Sembat qui, en 1923, apporta un ensemble unique de peintures néo-impressionnistes et fauves, aux dons de Matisse et de Picasso, des achats d'oeuvres de Léger, Bonnard et Soutine notamment, au groupe d’œuvres surréalistes patiemment constitué, c'est une suite impressionnante de chefs-d’œuvre et de grands noms de l’art du XXe siècle qui sont ici rassemblés.

 

 

Giorgio DE CHIRICO

Les Époux, 1926

Peintre italien né en Grèce, Giorgio De Chirico visite les grandes villes italiennes en 1911 et s'installe quelque temps à Florence. Ses premières "peintures métaphysiques", exposées dès 1912 à Paris, sont remarquées par Apollinaire en raison de leur étrangeté : la nostalgie d'un ordre ancien disparu y est recréée par de savants éclairages, des ombres denses, une palette aux tons tranchés et surtout la juxtaposition troublante d'objets inattendus. Ces visions d'un monde onirique séduiront plus tard les surréalistes.
Donnée par le marchand de l'artiste Paul Guillaume, cette peinture traduit bien l'évolution de Giorgio De Chirico après 1920. Le sujet, un couple de mannequins, appartient à l'univers que l'artiste a constitué à partir de 1915 et que la série des Muses inquiétantes illustre parfaitement. Ici les mannequins sont représentés en buste, une partie de leur corps et de leur costume étant composée d'éléments d'architecture à motifs d'arcades. Dans cet espace ambigu, Les époux semblent nés d'un même torse drapé à l'Antique. Leurs deux têtes, des volumes en forme d'œuf modelés en grisaille, se découpent sur un fond de ciel nuageux. Ce tableau peut être rapproché d'une peinture de 1917 et également d'un dessin de la même année dans lesquels se retrouve le cadrage à mi-buste des personnages.
La vigueur, la monumentalité de la composition, le "fa presto" de la technique en font une œuvre caractéristique du monde chiriquien, où se mêle à l'héritage de la culture classique un climat symboliste spécifique à l'imaginaire de l'artiste.

Giorgio DE CHIRICO

(Volos, 1888 - Rome, 1978)

Les Époux, 1926

Huile sur toile

60,8 x 50,2 cm

Don de M. Paul Guillaume en 1927

© ADAGP

© Musée de Grenoble