Musée de Grenoble

Les 20 ans

La section consacrée à l'art moderne est remarquable par la qualité des œuvres réunies et le caractère prestigieux de leur provenance. Grâce à l’action d’Andry-Farcy, qui à partir de 1919, date de sa nomination comme conservateur, défendit l’art d'avant-garde à Grenoble, nombre d’œuvres exceptionnelles entrèrent dans les collections. Ainsi, du Legs Agutte-Sembat qui, en 1923, apporta un ensemble unique de peintures néo-impressionnistes et fauves, aux dons de Matisse et de Picasso, des achats d'oeuvres de Léger, Bonnard et Soutine notamment, au groupe d’œuvres surréalistes patiemment constitué, c'est une suite impressionnante de chefs-d’œuvre et de grands noms de l’art du XXe siècle qui sont ici rassemblés.

 

 

Robert DELAUNAY

La Fenêtre, 1912

Robert Delaunay, pionnier de l'art abstrait, est l'un des premiers artistes à avoir considéré que la couleur est à la fois forme et sujet. Sa participation aux débuts du cubisme l'amène à la période dite "déconstructive" avec les Tours Eiffel, l'église Saint-Séverin et les Villes (1909-1911).
Cette peinture intitulée La Fenêtre appartient à une série de treize œuvres réalisées entre 1912 et 1913.  Influencé par la lecture de La loi du contraste simultané des couleurs écrit en 1839 par Gustave Chevreul, Delaunay construit sa composition grâce à la couleur seule qu'il substitue au dessin, au volume, à la perspective et au clair-obscur. Au cours de sa période "déconstructive"  il avait représenté des volumes éclatés sous l'action de la lumière en plans colorés, au détriment de la profondeur illusionniste. La désintégration de l'espace, la dissolution progressive de l'objet, le triomphe de la couleur pure le conduiront en 1912 à franchir le pas vers l'abstraction, ce dont témoigne cette œuvre, à la limite de la non-figuration. Avec la série des Fenêtres, s'ouvre une période plus "constructive", qualifiée par Guillaume Apollinaire de "Cubisme orphique". Le prisme des couleurs qui a été pulvérisé par la lumière est recomposé ici dans un espace à deux dimensions, en facettes colorées dont les contrastes sont utilisés pour créer à la fois l'architecture du tableau et le mouvement qui l'anime, tandis que l'image de la Tour Eiffel, évocation du monde moderne, se laisse deviner au centre de la composition.

Robert DELAUNAY

(Paris, 1885 - Montpellier, 1941)

La Fenêtre, 1912

Huile sur toile marouflée sur carton

45,8 x 37,5 cm

Achat à M. J. Mathellot en 1948

© L & L Services B.V. The Hague

© Musée de Grenoble