Musée de Grenoble

Les 20 ans

La section consacrée à l'art moderne est remarquable par la qualité des œuvres réunies et le caractère prestigieux de leur provenance. Grâce à l’action d’Andry-Farcy, qui à partir de 1919, date de sa nomination comme conservateur, défendit l’art d'avant-garde à Grenoble, nombre d’œuvres exceptionnelles entrèrent dans les collections. Ainsi, du Legs Agutte-Sembat qui, en 1923, apporta un ensemble unique de peintures néo-impressionnistes et fauves, aux dons de Matisse et de Picasso, des achats d'oeuvres de Léger, Bonnard et Soutine notamment, au groupe d’œuvres surréalistes patiemment constitué, c'est une suite impressionnante de chefs-d’œuvre et de grands noms de l’art du XXe siècle qui sont ici rassemblés.

 

 

Max ERNST

La Forêt, 1927

Après avoir été une des figures de proue du mouvement Dada, Max Ernst arrive à Paris en 1920, invité par André Breton. Les tableaux et les collages de cette période jouent sur le registre des détournements de sens et des rapprochements insolites, créateurs de poésie.
En 1925, à Pornic, il découvre par hasard le processus du frottage à l'aide d'une feuille de papier posée sur un vieux plancher et passée à la mine de graphite. Selon ce principe élargi à la peinture, les toiles, placées sur des surfaces aux reliefs variés, sont recouvertes de pigment étalé au couteau, laissant apparaître les configurations du dessous (grillages, ficelles, bois...) par grattage.
La Forêt élaborée selon cette technique est présentée comme une palissade impénétrable. Sous le pigment noir raclé au couteau affleure le motif en relief des veines du bois ainsi que les entrelacs obtenus par des ficelles posées entre les planches et la toile. Les couleurs (vert, rouge et jaune-orangé) ont été appliquées au préalable, créant par transparence de riches effets de texture. Le bleu du ciel a été rajouté en dernier, à l'aide de la technique traditionnelle du pinceau. Le disque lunaire, dont la position en avant et en arrière des arbres constitue une aberration visuelle, confère à l'ensemble un caractère hallucinatoire, que l'artiste est parvenu à obtenir tout au long de son œuvre, introduisant le spectateur dans le monde de l'inconscient et de ses mystères. Cette œuvre appartient à une longue série de plus de quatre-vingts Forêts réalisées en 1927-28.

Max ERNST

(Brühl, 1891 - Paris, 1976)

La Forêt, 1927

Huile sur toile

80,7 x 100 cm

Don de l'artiste en 1931

© ADAGP

© Musée de Grenoble