Musée de Grenoble

Les 20 ans

La section consacrée à l'art moderne est remarquable par la qualité des œuvres réunies et le caractère prestigieux de leur provenance. Grâce à l’action d’Andry-Farcy, qui à partir de 1919, date de sa nomination comme conservateur, défendit l’art d'avant-garde à Grenoble, nombre d’œuvres exceptionnelles entrèrent dans les collections. Ainsi, du Legs Agutte-Sembat qui, en 1923, apporta un ensemble unique de peintures néo-impressionnistes et fauves, aux dons de Matisse et de Picasso, des achats d'oeuvres de Léger, Bonnard et Soutine notamment, au groupe d’œuvres surréalistes patiemment constitué, c'est une suite impressionnante de chefs-d’œuvre et de grands noms de l’art du XXe siècle qui sont ici rassemblés.

 

 

Henri MATISSE

Intérieur aux aubergines, 1911

Depuis 1922 grâce à un don de la famille Matisse, le Musée de Grenoble possède l'œuvre la plus importante de l'artiste conservée en France, Intérieur aux aubergines. Peinte à Collioure en 1911, elle fut la propriété des célèbres collectionneurs Michael et Sarah Stein avant d'être rachetée par son auteur. Elle appartient à l'ensemble des Intérieurs symphoniques exécutés en 1911 : L'Atelier rose (Musée Pouchkine, Moscou), La Famille du peintre (Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg), et L'Atelier rouge (Museum of Modern Art, New York).
Outre leur thème commun, ces quatre chefs-d'œuvre présentent chacun une analogie de motifs et de couleurs qui se répètent au point de saturer toute la surface du tableau.
Intérieur aux aubergines est une des peintures les plus décoratives jamais réalisée par Matisse qui donne à chacun des éléments de son atelier  une valeur décorative. Un motif floral à cinq pétales se répand dans tout l'espace, telle une empreinte, soulignant la planéité de la surface peinte et l'assimilant à un tapis. Les arabesques de la nappe et du paravent amplifient cet effet décoratif, par leurs courbes et contre-courbes. Les volumes sont remplacés par des espaces plans qui dialoguent les uns avec les autres. Au lieu d'offrir une échappée, la fenêtre montre un paysage construit par une succession de surfaces aux couleurs identiques à celles du tableau, unissant extérieur et intérieur. Les objets de la nature morte se réfléchissent dans le miroir : transformés,  ils ont perdu tout volume. Cette mutation met en évidence la tension qui s'exerce entre tridimensionnalité réaliste et bi-dimensionnalité décorative.

Henri MATISSE

(Le Cateau-Cambrésis, 1869 - Nice, 1954)

Intérieur aux aubergines, 1911

Détrempe à la colle sur toile

212 x 246 cm

Don de la famille Matisse en 1922

© Succession H. Matisse / Photographie © musée de Grenoble

© Musée de Grenoble