Musée de Grenoble

Les 20 ans

La section consacrée à l'art moderne est remarquable par la qualité des œuvres réunies et le caractère prestigieux de leur provenance. Grâce à l’action d’Andry-Farcy, qui à partir de 1919, date de sa nomination comme conservateur, défendit l’art d'avant-garde à Grenoble, nombre d’œuvres exceptionnelles entrèrent dans les collections. Ainsi, du Legs Agutte-Sembat qui, en 1923, apporta un ensemble unique de peintures néo-impressionnistes et fauves, aux dons de Matisse et de Picasso, des achats d'oeuvres de Léger, Bonnard et Soutine notamment, au groupe d’œuvres surréalistes patiemment constitué, c'est une suite impressionnante de chefs-d’œuvre et de grands noms de l’art du XXe siècle qui sont ici rassemblés.

Amedeo MODIGLIANI

Femme au col blanc, 1917

De 1909 à 1913, sous l'influence de Brancusi et de l'art nègre qu'il découvre simultanément, Modigliani s'adonne à la sculpture. Pendant la guerre, il revient à la peinture, exécute des portraits de commande et d'amis et commence également une série de nus.
Ce portrait est celui de Lunia Czekowska, jeune polonaise réfugiée à Paris et dont Modigliani fit la connaissance en 1916 par l'intermédiaire de son marchand, Léopold Zborowski. Celle-ci a raconté comment l'artiste avait besoin de connaître ses modèles pour les peindre, d'en saisir le caractère pour le fixer sur son œuvre. L'analyse que Modigliani fait de Lunia est restituée par l'attitude, l'expression et l'habillement qu'il lui prête, mais surtout par la ligne et la couleur. Le métier caractéristique du peintre se lit dans ce portrait exécuté en une séance, avec sûreté et maîtrise. Le visage d'un ovale presque parfait, les yeux opaques, le cou long et flexible, la coiffure d'une extrême simplicité correspondent au modèle pour lequel Modigliani avait une prédilection. La tache claire du visage, légèrement incliné, fait pendant à celle des mains posées avec délicatesse sur les genoux. Ces zones de lumière auxquelles s'ajoutent le blanc du col et celui du drap, se détachent admirablement sur le fond sombre de la robe, du mur et des rares objets qui meublent la pièce. Dans ce décor d'un dépouillement extrême, aucun détail ni accessoire ne vient troubler la vision paisible de cette femme qui semble absente, retirée dans quelque méditation.


Amedeo MODIGLIANI

(Livourne, 1884 - Paris, 1920)

Femme au col blanc, 1917

Huile sur toile

81 x 60,2 cm

Achat à la Galerie Bernheim Jeune en 1923

Domaine public

© Musée de Grenoble