Musée de Grenoble

Les 20 ans

La section consacrée à l'art moderne est remarquable par la qualité des œuvres réunies et le caractère prestigieux de leur provenance. Grâce à l’action d’Andry-Farcy, qui à partir de 1919, date de sa nomination comme conservateur, défendit l’art d'avant-garde à Grenoble, nombre d’œuvres exceptionnelles entrèrent dans les collections. Ainsi, du Legs Agutte-Sembat qui, en 1923, apporta un ensemble unique de peintures néo-impressionnistes et fauves, aux dons de Matisse et de Picasso, des achats d'oeuvres de Léger, Bonnard et Soutine notamment, au groupe d’œuvres surréalistes patiemment constitué, c'est une suite impressionnante de chefs-d’œuvre et de grands noms de l’art du XXe siècle qui sont ici rassemblés.

 

 

Francis PICABIA

Idylle, 1927

La vie et l'art de Picabia ne font qu'un : on ne peut dissocier ses célèbres boutades et ses écrits polémiques de ses ruptures perpétuelles au sein de sa production artistique, ni sa passion des femmes, des voitures de luxe et de la vie mondaine de sa formidable envie de peindre, même s'il professe que "tout tableau doit être absurde et inutile"  en 1947. Il incarne, mieux que quiconque et bien au-delà de sa période historique, l'esprit dadaïste qui est né conjointement à Zurich et à New York en 1916.
Installé dans le midi à Mougins dès 1925, il réalise Les Monstres, un ensemble de peintures représentant des couples d'amoureux exprimant théâtralement leur passion, souvent inspirés de cartes postales sentimentales des années 20.  Ces tableaux sont peints au Ripolin dans des tons artificiels et dissonants. Idylle est une huile sur carton qui appartient à cette série. Sur un fond bleu méditerranéen, les bouches répétées de la femme, les yeux qui regardent dans toutes les directions, les gants rayés comme unique parure, les éléments de paysage entremêlés… sont autant de provocations. La couleur est brossée en petites touches hâtives, les teintes vert bouteille, rose pourpre, ocre jaune et bleu cyan forment des accords dissonants. La superposition des figures annonce les futures Transparences que l'artiste produira entre 1928 et 1933.
Ce tableau a appartenu au couturier et grand collectionneur Jacques Doucet et a été encadré par Pierre Legrain, décorateur renommé de l'époque et auteur de célèbres reliures.

Francis PICABIA

(Paris, 1879 - 1953)

Idylle, 1927

Huile sur carton

105,7 x 75,7 cm

Don de M. Jacques Doucet en 1931

© ADAGP

© Musée de Grenoble