Musée de Grenoble

Les 20 ans

La section consacrée à l'art moderne est remarquable par la qualité des œuvres réunies et le caractère prestigieux de leur provenance. Grâce à l’action d’Andry-Farcy, qui à partir de 1919, date de sa nomination comme conservateur, défendit l’art d'avant-garde à Grenoble, nombre d’œuvres exceptionnelles entrèrent dans les collections. Ainsi, du Legs Agutte-Sembat qui, en 1923, apporta un ensemble unique de peintures néo-impressionnistes et fauves, aux dons de Matisse et de Picasso, des achats d'oeuvres de Léger, Bonnard et Soutine notamment, au groupe d’œuvres surréalistes patiemment constitué, c'est une suite impressionnante de chefs-d’œuvre et de grands noms de l’art du XXe siècle qui sont ici rassemblés.

 

 

Pablo PICASSO

Femme lisant, 1920

Picasso séjourne à Rome en 1917 afin de réaliser  les décors du ballet "Parade" de Diaghilev. Il y fait une rencontre, Olga Kokhlova, danseuse aux Ballets russes, et redécouvre la statuaire antique, l'art étrusque et la peinture des débuts de la Renaissance. Vont naître alors dans l'œuvre de ces années-là des formes humaines monumentales, géantes, archaïques.
Femme lisant, dont le modèle était Olga épousée en 1918, présente une figure hiératique, dans laquelle classicisme et cubisme sont juxtaposés avec virtuosité. Le visage et les mains aux chairs roses et gonflées ainsi que la position du doigt posé sur la tempe rappellent l'intérêt de Picasso pour le dessin et la déformation caractéristiques de l'art de Jean-Dominique Ingres, notamment le Portrait de Madame Moitessier peint par ce dernier en  1856. Le nez et l'arcade sourcilière évoquent la régularité des visages des statues antiques. Le buste et le vêtement aux plis aplatis, la palette aux camaïeux de gris et de bruns font quant à eux référence à la période de déconstruction analytique du cubisme (1910-12). La facture de la chevelure, faite de longs traits ondulants, apporte une note de liberté et renvoie à la technique de la taille. L'imposante figure vêtue de gris se détache à peine sur le fond d'un gris plus neutre, en un ton sur ton qui renforce l’effet des carnations. L’atmosphère de sérénité qui émane de cette scène est redevable tant au choix restreint des couleurs qu’à l’effet sculptural de la figure en pleine  concentration. 

Pablo PICASSO

(Málaga, 1881 - Mougins, 1973)

Femme lisant, 1920

Huile sur toile

100 x 81,2 cm

Don de l'artiste en 1921

© Succession Picasso

© Musée de Grenoble