Musée de Grenoble

Les 20 ans

La section consacrée à l'art moderne est remarquable par la qualité des œuvres réunies et le caractère prestigieux de leur provenance. Grâce à l’action d’Andry-Farcy, qui à partir de 1919, date de sa nomination comme conservateur, défendit l’art d'avant-garde à Grenoble, nombre d’œuvres exceptionnelles entrèrent dans les collections. Ainsi, du Legs Agutte-Sembat qui, en 1923, apporta un ensemble unique de peintures néo-impressionnistes et fauves, aux dons de Matisse et de Picasso, des achats d'oeuvres de Léger, Bonnard et Soutine notamment, au groupe d’œuvres surréalistes patiemment constitué, c'est une suite impressionnante de chefs-d’œuvre et de grands noms de l’art du XXe siècle qui sont ici rassemblés.

 

 

Nicolas de STAËL

Sicile, 1954

Peintre d'origine russe, Nicolas de Staël s'est fixé à Paris en 1938. Au début des années 1940, il découvre l'abstraction auprès d'artistes tels que Magnelli et Delaunay. Sa facture constituée de surfaces de couleurs éclatantes écrasées au couteau ou à la spatule affirme la puissance du geste. Sous l'influence de l'exceptionnelle luminosité du Sud de la France et de la Sicile où il se rend en 1953, les transparences partielles obtenues par des allègements de matière créent dans sa peinture une vibration et une vitalité jamais atteintes jusque-là. Terre, mer, ciel et architectures sont traduits par de grandes plages colorées d'épaisseur variable.
La moitié inférieure de la toile comporte des tons chauds posés en aplats généreux. Sur ce sable et ces terres ocrées se détachent quelques surfaces rouges, roses et mauves, et deux carrés blancs aux contours irréguliers. La moitié supérieure ne contient que le vert du ciel dont la transparence permet de distinguer la toile. Toutes les lignes du paysage convergent vers la surface rouge centrale, clé de la composition. Les effets d'empâtement, faibles ici, accentués là, permettent à la couleur d'agir avec un maximum d'intensité. La juxtaposition des plans colorés rend visible une frange non peinte qui rappelle la technique des papiers déchirés et des collages pratiqués par l'artiste. En exprimant par des couleurs éclatantes sa vision d'un site naturel, Nicolas de Staël, le plus célèbre peintre de l'école de Paris, a fait du paysage un nouveau genre dans la peinture moderne.

Nicolas de STAËL

(Saint-Pétersbourg, 1914 - Antibes, 1955)

Sicile, 1954

Huile sur toile

114 x 146 cm

Achat à Mme Françoise de Staëlavec la participation du FRAM en 1983

© ADAGP

© Musée de Grenoble