Musée de Grenoble

Les 20 ans

La section consacrée à l'art moderne est remarquable par la qualité des œuvres réunies et le caractère prestigieux de leur provenance. Grâce à l’action d’Andry-Farcy, qui à partir de 1919, date de sa nomination comme conservateur, défendit l’art d'avant-garde à Grenoble, nombre d’œuvres exceptionnelles entrèrent dans les collections. Ainsi, du Legs Agutte-Sembat qui, en 1923, apporta un ensemble unique de peintures néo-impressionnistes et fauves, aux dons de Matisse et de Picasso, des achats d'oeuvres de Léger, Bonnard et Soutine notamment, au groupe d’œuvres surréalistes patiemment constitué, c'est une suite impressionnante de chefs-d’œuvre et de grands noms de l’art du XXe siècle qui sont ici rassemblés.

Alberto GIACOMETTI

La Cage, 1950

Issu d'un milieu artistique, Giacometti s'initie à la pratique des arts d'abord à Genève, puis à Paris auprès de Bourdelle. Après une approche discrète de la "manière" cubiste, il s'associe au mouvement surréaliste avec la production de sculptures-objets qui forgeront sa notoriété.
Cependant, l'omniprésence de son interrogation sur le réel et sa représentation le fera exclure du groupe des surréalistes dès 1934. Car si André Breton pense savoir "ce que c'est qu'une tête", Giacometti va, sa vie durant, scruter les visages pour en rechercher la vérité et l'essence. Cette quête sans fin s'exprime avec force au moyen d'un dépouillement extrême des formes et de leur aspect filiforme qui caractérisent une grande partie de son œuvre. La matière elle-même est très marquée par la main de l'artiste, expressive voire torturée.
La Cage, réalisée en 1950, contient tous ces éléments mais elle occupe néanmoins une place un peu exceptionnelle par rapport à une production où domine la figure isolée. Ici deux personnages occupent l'espace. L'homme, buste prisonnier d'un socle immense par rapport à sa taille, contemple la femme, figure en pied, bras le long du corps, posée sur un petit socle duquel elle semble le dominer malgré sa réalisation à une plus petite échelle.
Hissés à la hauteur des yeux du spectateur, installés dans une cage aux simples arêtes, les deux protagonistes semblent se livrer à un dialogue silencieux et s'interroger sur le sens de leur vie. Tous deux appartiennent bien à cet univers de Giacometti aux formes émaciées, effilées et où l'humain paraît n'être plus que l'ombre de lui-même.

Alberto GIACOMETTI

(Stampa (Suisse), 1901 – Coire (Suisse), 1966)

La Cage, 1950

Bronze peint

175,6 x 37 x 39,6 cm

© Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris et ADAGP, Paris) 2012

© Musée de Grenoble