La ville entre rêve et réalité

du 27 septembre au 20 octobre 2022
une exposition du musée de Grenoble hors les murs à la MJC des Eaux-Claires

Pour la 17e édition de ses expositions hors les murs, le musée de Grenoble est accueilli par la MJC des Eaux-Claires. Un ensemble de 11 œuvres du 20e siècle, issu des collections permanentes du musée, sera présenté pendant un mois. La ville, sous toutes ses formes, sera au cœur de cette nouvelle exposition.

Ce thème a été choisi afin de faire écho au travail engagé depuis plusieurs années par la MJC, notamment par le biais de résidences d’artistes, sur la question du territoire et de ses habitants. Comme toujours la sélection présentée ici reflète à la fois la diversité et la richesse des collections du musée. Mêlant peintures, dessins et photographies, elle illustre différents aspects de la ville, entre rêve et réalité. Ces deux notions se superposent fréquemment, les œuvres d’art étant, comme on le sait, des tremplins à l’imagination.

La vision la plus concrète de la ville, en même temps que la plus abstraite, est certainement celle donnée par la magnifique Rue des Étuves Saint-Martin de Jacques Villeglé, où des affiches arrachées, prélevées directement sur les murs de Paris, offrent un instantané d’une époque, des préoccupations qui l’agitent et la traversent. La ville, telle qu’elle s’est développée dans la seconde moitié du XXe siècle, apparaît le plus souvent dans des visions modernistes, synonymes de progrès mais aussi de déshumanisation. Certains artistes, sur un mode utopiste, la rêvent telle une cité idéale et l’anticipent à l’aide d’un système plastique abstrait comme Jean Gorin. D’autres, comme Thomas Ruff, en dressent un constat objectif, témoignant d’une fascination pour la perfection des lignes et des proportions de ces architectures nouvelles. En revanche certains autres, comme Jack Ottaviano, pressentent déjà dans les grands ensembles qui s’édifient, avec leurs tours immenses, le poids d’un urbanisme inadapté à la vie en société, ou encore essayent, à l’exemple de Sonia Vincent, avec des fresques aux couleurs gaies, de panser les plaies ouvertes par la destruction des quartiers anciens.La ville devient aussi dans ces décennies un objet de fiction propice à des associations surprenantes, à l’image de Georges Gunsett et de son autruche se pavanant sur la Place de Verdun, symbole peut-être d’une certaine dénégation de la réalité par les instances officielles de toutes sortes ; ou à celle de Philippe Druillet, fuyant dans un avenir rêvé et bâtissant un univers futuriste où se mêlent les époques, fascinant et angoissant. Néanmoins, si la ville peut être fantasmée comme un sujet en soi, elle n’en reste pas moins le lieu de vie de ses habitants… Précisément, Douglas Huebler s’attache de manière presque ethnographique à fixer ses contemporains à travers des reportages aléatoires sur les foules déambulant dans les rues. Patrick Faigenbaum, avec ses photographies très picturales, tente quant à lui de préserver une mémoire, celle ici d’une commerçante qui à sa façon a contribué à la vie de la cité. Enfin, Laurent Montaron nous entraîne dans les entrailles de la grande ville – le métro new-yorkais – pour évoquer, sur un air lancinant du Velvet Underground, la solitude implacable que sécrètent inévitablement les cités de notre temps.