Sparks de Wiktoria Wojciechowska

jeudi 12 mai 2022

Un nouvel accrochage en hommage à l'Ukraine.

Première œuvre à avoir été donnée par la Fondation Antoine de Galbert au musée de Grenoble en 2020 pour y créer un fonds photographique illustrant « un certain état du monde », Sparks de Wiktoria Wojciechowska connait, ces derniers mois une actualité brûlante et tragique. En accord avec le donateur et l’artiste, le musée présente exceptionnellement cet ensemble dans le parcours des collections d’art contemporain, en hommage au peuple ukrainien qui se bat pour sa liberté.

à découvrir salle 50 - salles basses

Andriy, 27 ans, diplômé en astronomie. Photographie prise après qu’il eût passé 12 mois en zone de guerre, été 2015. Orest, 32 ans, ouvrier du bâtiment. Photographie prise après qu’il eût passé 9 mois en zone de guerre, printemps 2015.


Wiktoria Wojciechowska est née en 1992 à Lublin (Pologne). Diplômée de École des Beaux-Arts de Varsovie, elle vit et travaille à Paris. Sparks , une suite de 72 portraits photographiques représentant les visages de 60 jeunes soldats ukrainiens non professionnels engagés volontaires dans le conflit du Donbass en 2014-2015, a grandement contribué à faire connaître cette jeune artiste polonaise.

En 2014, choquée par l’intervention russe en Ukraine, Wiktoria Wojciechowska décide de rencontrer de jeunes civils ayant combattu dans les bataillons volontaires de la ville de Lviv, située à 70 km de la frontière polonaise. Elle y retourne régulièrement et crée des liens avec certains au fil du temps. Sur place, elle organise des rencontres avec ces jeunes gens partis baskets aux pieds et simplement nantis d’une préparation militaire de quelques jours quand elle existe, pour combattre les troupes de la Fédération de Russie. Ces temps d’échanges bouleversants lui permettent de comprendre leurs motivations pour défendre familles et pays, abandonnant brutalement une vie sociale qui ne les avait jamais préparés à ce type de confrontation armée.

Au-delà du courage nécessaire pour affronter cette épreuve, de la conscience de pouvoir perdre la vie à tout moment, de la peur constante des éclats de bombes, ces étincelles menaçantes venues du ciel, ces soldats inexpérimentés lui racontent leur expérience du combat : l’émotion de ces moments est saisie alors par la photographe dans cette série de portraits poignants.

En plan rapproché, sur un fond sombre, privilégiant le plus souvent un léger profil modelé par un halo de lumière douce sur une partie du visage, c’est une célébration de l’humanité dans sa force et sa fragilité qui nous est donnée à voir. Le fait d’associer systématiquement à chaque portrait l’identité du modèle ainsi que les mois passés sur le front facilite l’identification et intensifie la part d’émotion chez le spectateur. Sur ces visages, la proximité des regards est ce qui interpelle le plus fortement. Tantôt directs, tantôt fuyants, ces yeux ont enregistré les images d’une guerre que l’on ne connaît que par le filtre des médias : « Dans leurs yeux, je pouvais voir ce qu’ils avaient vu » dit la photographe.

Avec ces portraits, Wiktoria Wojciechowska réalise une photographie de guerre qui s’attache plus aux êtres pris dans l’engrenage infernal d’un conflit armé qu’à sa description formelle . Si l’affrontement n’est pas représenté, il est néanmoins présent dans les yeux et les mémoires : ces étincelles, sparks en anglais, telles qu’elles ont été décrites par les soldats comme par les civils sont parfois paradoxalement associées à l’image poétique d’une pluie lumineuse, mais elles restent avant tout le symbole de la mort imminente par leurs charges d’explosifs qui traversent les airs et transpercent les murs.

Parmi ces hommes, certains ont repris récemment les armes et y ont laissé leur vie .

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