La Madeleine en méditation sur les instruments de la Passion

Laurent de LA HYRE
XVIIe siècle
16,7 x 20,4 cm
Crédit photographique :
VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIX
Acquisition :
Legs de Léonce Mesnard en 1890, entré au musée en 1902 (dessins devant être exposés dans des cadres tournant autour d'un pivot, n°92).

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Les inventaires du musée font état de deux dessins de Laurent de La Hyre représentant la Madeleine. Le premier dessin, aujourd’hui disparu, était une étude préparatoire (ou une copie ?) du Noli me tangere peint pour la Grande Chartreuse. L’œuvre est mentionnée parmi les premiers dessins entrés dans la collection à la suite de la Révolution [1] . La Madeleine présentée ici est entrée quant à elle avec la collection Mesnard. L’annotation à la plume placée en bas à droite a permis de conserver la juste attribution à l’artiste. D’un tracé très léger, les contours de l’œuvre ont probablement été repris pour être renforcés. Malgré cette intervention un peu maladroite et le jaunissement de la feuille, dû à une exposition prolongée, l’œuvre possède encore une qualité et une sensibilité qui permettent de la conserver parmi les originaux de l’artiste.
Les caractéristiques physiques de la Madeleine et la technique du dessin de Grenoble se retrouvent dans un second dessin, en largeur [2] , et une peinture [3] , tous deux réapparus depuis l’exposition de 1989. Les trois œuvres mettent en scène la sainte dans des compositions bien distinctes.
La formule de la Madeleine allongée est adoptée dans le dessin en largeur alors que le tableau, de format presque carré, se rapproche d’avantage de la pose du dessin de Grenoble. Par rapport à ces formules iconographiques assez courantes, le dessin de Grenoble présente une certaine originalité. La sainte médite ici sur les instruments de la Passion. On reconnaît au sol la Croix, les clous, la lance de Longin ou l’éponge de Stephanon. La figure sinueuse de la Madeleine, d’une grâce toute bellifontaine, est placée au premier plan à gauche, devant un grand mur vu en perspective qui se termine sur une ouverture occupant l’essentiel de la partie droite de la scène. L’on y distingue une figure féminine très effacée. Cette construction de l’espace en profondeur et la grande arcade cintrée du fond sont représentatives de la mise en espace savante des compositions de La Hyre.
Pierre Rosenberg et Jacques Thuillier (1989) situent le dessin dans la première partie de la carrière de La Hyre. La formation de ce dernier contribue grandement à l’originalité de sa peinture dans le paysage pictural français des années 1630. L’observation des décors de Primatice et de Nicolò dell’Abate et son passage dans l’atelier de Georges Lallemant donnent à sa production des années 1630 une coloration maniériste et précieuse, visible autant dans les compositions que dans l’exécution de ses œuvres. Durant les années 1630, il développe un style mouvementé, animé de couleurs chaudes largement brossées comme dans ses mays pour Notre-Dame. Durant la décennie suivante, il fait preuve de plus de retenue et adhère au nouveau style classique initié par Stella.


[1] Le seul dessin aujourd’hui connu pour le tableau de Grenoble est une étude conservée à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts et provenant de la collection Matthias Polakovits (Inv. PM 554, voir Rosenberg et Thuillier, 1989, n° 330, p. 341 et 344).
[2] La Madeleine repentante, Pierre noire et rehauts de blancs, 17.4 ; L. 24.3, galerie Jean-François Baroni, 2002.
[3] La Madeleine pénitente, huile sur toile. H. 102 ; L. 95. Galerie Ratton-Ladrière (Biennale des Antiquaires, 2008) ; vente Kohn, Paris, Drouot, 4 août 2010, n° 199. Une peinture de dimensions semblables est signalée dans la vente du graveur Parizeau le 26 mars 1789 lot n° 220.

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