La nature morte et la peinture de genre au XIXe siècle

C’est seulement au XIXe siècle que le terme « peinture de genre » prend son sens actuel concernant une catégorie picturale inspirée de scènes prises sur le vif et de sujets reflétant le spectacle de la culture et des mœurs.

Tandis que les peintres troubadours reconstituent de petites scènes médiévales devenues très à la mode, les romantiques s’adonnent à la rêverie autour d’univers orientaux ou littéraires tandis que les réalistes se tournent vers les petites gens des villes, en pleine révolution industrielle, ou les populations des campagnes. La collection du musée de Grenoble possède un bel ensemble de ces inspirations diverses.

La nature morte quant à elle perd ses codes d’un art décoratif cher au siècle précédent, ainsi que son répertoire et ses spécialistes. Presque tous les peintres français la pratiquent au XIXe, selon leurs styles et leur influences mais en usant de la liberté commune dans le choix des sujets, la sensualité de la matière et l’étude de la lumière.

Dans leurs œuvres, les peintres  témoignent d’une attention grandissante  pour les objets quotidiens, les fleurs sans apparat, la nature sans artifices.

Henri Fantin-Latour représente la dernière phase du Réalisme avant le passage à la modernité.

  • Scène de musique

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : François-Joseph NAVEZ
    Date : 1819
    Dimension : 90 x 106,1 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Achat à la Galerie Michel Descours en 2019
    Localisation : SA16 - Salle 16

    Détails

    Élève de David, Navez s’installe à Rome où l’intérêt des maîtres du passé le conduit à revisiter les écoles italiennes ainsi qu’à prendre en compte certains aspects du caravagisme.

    Les personnages installés ici autour d’une table sont d’une beauté éclatante. Comme Ingres, Navez idéalise leurs traits et excelle dans la représentation gracieuse de leurs gestes et le dessin recherché de leurs mains. Les modèles sont habillés de vêtements intemporels, évocateurs du temps jadis, sauf l’homme de droite vêtu de façon contemporaine. L’ambiance énigmatique intrigue car paradoxalement, pour une scène dite « de musique », aucun son ne sort de la bouche fermée de ces quatre personnes. Le silence règne, le temps semble s’être arrêté.

  • L'enfance de Giotto

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Pierre-Henri RÉVOIL
    Date : 1840
    Dimension : 82 x 66 cm
    Crédit : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIXDomaine public
    Acquisition : Dépôt de l'Etat en 1842
    Localisation : SA15 - Salle 15

    Détails

    Les peintres du courant « troubadour » représentent des anecdotes de la vie de grandes figures historiques. Revoil dépeint ici la scène décrite par Vasari dans Les Vies, selon laquelle le jeune Giotto en train de dessiner avec un charbon sur une pierre, alors qu’il gardait des chèvres, aurait été surpris par Giovanni Cimabue. Le maître italien, subjugué par son génie précoce, en aurait fait son élève. L’index pointé de Cimabue en direction de Giotto met en évidence l’importance que ce dernier est appelé à avoir dans l’art occidental. La scène est servie par un rendu minutieux de la figure humaine et par un traitement érudit du costume médiéval de Cimabue.

  • Intérieur juif à Constantine

    Médium : Huile sur bois
    Auteur : Théodore CHASSÉRIAU
    Date : 1851
    Dimension : 28 x 23 cm
    Crédit : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIXDomaine public
    Acquisition : Legs au musée du Louvre du Baron Arthur Chassériau, neveu de l'artiste, en 1934. Déposé au Musée de Grenoble à la demande du Baron en 1937.
    Localisation : SA16 - Salle 16

    Détails

    Au cours de son voyage en Algérie, Chassériau découvre l’Orient qui le fascinait dans les tableaux de Delacroix : ses harems, ses femmes aux costumes éclatants et ses cavaliers fougueux. Il multiplie sur place les croquis aquarellés et de nombreux dessins, dans lesquels il étudie les visages et les pièces de costumes dans un souci quasi ethnologique. Peinte à son retour à Paris en 1851, cette scène de la vie quotidienne dans l’intimité d’une maison constantinoise est brossée d’un pinceau fluide et énergique qui fait briller les étoffes. Le regard sombre du vieillard et la présence de la femme, fière et élégante, créent une atmosphère étrange.

  • Nature morte

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Henri REGNAULT
    Date : 1867
    Dimension : 139 x 206 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Don de la Société des amis du musée de Grenoble en 1993
    Localisation : SA17 - Salle 17

    Détails

    Élève de Cabanel, Regnault est considéré par ses contemporains comme l’un des meilleurs peintres d’histoire.

    Cette œuvre de jeunesse a été peinte peu avant le départ de l'artiste pour Rome. Elle est caractéristique de ses compositions savamment désordonnées. Objets et dépouilles s'amoncellent et semblent ruisseler depuis le fauteuil massif qui leur sert de support. Le coloris, dominé par les couleurs chaudes, unifie tout ce qui peut sembler hétéroclite dans cette accumulation. Les contours des objets s'estompent au profit d'une masse colorée fluide et mouvante. Un sentiment de profusion étouffante s'impose au spectateur saisi par la diversité et la richesse des effets.

  • L'atelier de Cabanel à l'Ecole des Beaux-Arts

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Tancrède BASTET (Jean Célestin Tancrède BASTET, dit)
    Date : 1883
    Dimension : 65 x 80,5 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Don de M. Félix-Auguste Mathieu en 1901
    Localisation : SA20 - Salle 20

    Détails

    Âgé de vingt-cinq ans, Bastet témoigne, avec ce tableau, de ses années de formation parisienne dans l’atelier de Cabanel et révèle l’ambiance studieuse pendant le cours de modèle vivant. Cette œuvre est un intéressant témoignage sur l’organisation spatiale de l’atelier : les chevalets disposés en cercles autour du modèle masculin, lui-même placé sur une estrade à plateau tournant. Les dessinateurs sont assis au premier rang et les peintres, plus avancés dans leur formation, debout derrière leur chevalet. Une grande baie vitrée laisse entrer la lumière qui souligne la nudité du modèle et en fait le centre de l’attention.

    Au premier plan, un jeune homme studieux est peut-être un autoportrait de Bastet .

  • Le bain

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Tony ROBERT-FLEURY
    Date : 1903
    Dimension : 174 x 100 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Don Gustave Rivet en 1912, acquis par lui auprès de Mme Robert-Fleury
    Localisation : SA20 - Salle 20

    Détails

    Après la mort de son père peintre d’histoire et directeur de la Villa Medicis, Robert-Fleury se tourne vers des sujets modernes.

    Les figures féminines dans des situation de vie quotidienne l’inspirent. Rêvant dans sa chambre ou guettant par la fenêtre, la femme y est décrite dans son univers privé et anecdotique.

    Le cadrage photographique de ce tableau, le type du modèle et le naturalisme du thème ont sans doute été inspirés par l’art d’Edgar Degas. L’iconographie et la gamme colorée sont plus à rapprocher du style de Pierre Bonnard, leurs ateliers étaient voisins. Ce modèle anonyme sortant de son bain dans une attitude naturelle incarne avec douceur et sensualité une forme d’ « intrusion » dans la sphère intime.

  • Souvenir de La Grave en Oisans

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Henri BLANC-FONTAINE
    Date : 1855
    Dimension : 104 x 167 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Achat à l'artiste en 1856
    Localisation : SA20 - Salle 20

    Détails

    Souvenir de la Grave fait suite au voyage accompli par Blanc-Fontaine en 1853 en Oisans. Ému par une scène d'enterrement dans ce décor alpestre, il en fait un tableau deux ans plus tard. Au premier plan trois vieilles femmes, assises sur un rocher, se recueillent à la vue d'un convoi funèbre. Un jeune garçon, accoudé sur l'une d'elle, observe la scène avec détachement. À leurs pieds, deux fillettes s'amusent à reproduire avec insouciance ce triste évènement. Au loin, le curé, entouré d'un cortège de villageois, procède à l'inhumation sous un ciel chargé de nuages. Cette œuvre occupe une place importante dans l’histoire de l’art régional en raison de sa dimension ethnographique et spirituelle.

  • Nature morte dite "de fiançailles"

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Henri FANTIN-LATOUR
    Date : 1869
    Dimension : 32,8 x 30,4 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Legs de Victoria Fantin-Latour née Victoria Dubourg en 1921, entré au musée en 1926
    Localisation : SA22 - Salle 22

    Détails

    Voir la fiche

    Fantin-Latour a peint de nombreux bouquets comme un moyen d’approfondir son métier. Ces tableaux, très appréciés par la clientèle anglo-saxonne, deviendront sa principale source de revenus.

    D’un format réduit, cette petite toile s’impose par la simplicité de sa composition et ses couleurs éclatantes. Étudiée avec soin, la disposition de chaque élément concourt à une mise en scène sobre et équilibrée qui rappelle les peintures de Chardin. Tous les objets sont judicieusement choisis pour leur taille, leur couleur et leur matière. Le choix de cette œuvre comme cadeau de fiançailles à Victoria Dubourg, elle-même peintre de fleurs, témoigne de l’importance que lui accordait l’artiste.

  • Nature morte

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Victoria FANTIN-LATOUR née Victoria DUBOURG
    Date : 1884
    Dimension : 65,5 x 81,4 cm
    Acquisition : Don d'Henri Fantin-Latour en 1899
    Localisation : SA23 - Salle 23

    Détails

    Victoria Dubourg peint et copie les maîtres au Louvre et c’est là qu’elle rencontre Fantin-Latour en 1869. Elle connaît Manet et son cercle mais reste à l’écart du mouvement impressionniste et garde le goût de la tradition. Au Salon, elle expose pour l’essentiel des natures mortes de fleurs, de fruits et de légumes.

    Ici l’artiste aiguise nos sens tant le rendu de ces légumes d’automne est réaliste. Les reflets lumineux et le jeu des textures sur la bouilloire en cuivre et la marmite en terre sont virtuoses. Elle mêle ainsi un environnement simple et familier et une composition ambitieuse qui rappelle la tradition hollandaise du XVIIe siècle.

  • Fleurs

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Frédéric BAZILLE
    Date : 1868
    Dimension : 130 x 97 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Legs de François Teulon-Valio en 1938, entré au musée en 1940.
    Localisation : SA23 - Salle 23

    Détails

    Issu d’une famille montpelliéraine aisée, Bazille est proche du groupe impressionniste et soutient financièrement Monet. Cette nature morte est ambitieuse par la taille et la profusion des espèces florales qui la composent. Sur une console de marbre Louis XV trône un vase de faïence de Montpellier garni d’un énorme bouquet de dahlias, d’héliotropes et d’amarantes, entremêlés dans un apparent désordre. Au mur, une bignone laisse courir son feuillage dont émergent de petites fleurs orange. Sur la table, un autre bouquet de dahlias est répandu comme une cascade de pompons colorés. La lumière fait vibrer les textures et montre la capacité de l’artiste à saisir les moindres nuances colorées de ces fleurs.

  • Femme nue assise dans un fauteuil

    Médium : Huile sur carton marouflé sur contre-plaqué
    Auteur : Félix VALLOTTON
    Date : 1897
    Dimension : 28 x 27,5 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Achat à la Galerie Hugette Bérès en 1975
    Localisation : SA23 - Salle 23

    Détails

    Voir la fiche

    Le nu féminin est l’un des thèmes dominants de l’œuvre de Vallotton, peintre proche du groupe des nabis. Profondément endormie, le bras droit tombant le long du fauteuil et la tête appuyée au dossier, la femme représentée ici est en situation de total abandon. L’espace clos et restreint qui la sépare de notre regard la rend plus vulnérable encore, introduisant une forme de voyeurisme cher à l’artiste. Les larges surfaces de couleurs complémentaires, rouge et vert sans modulation de lumière, aplanissent l’espace, donnant le sentiment d’un corps découpé posé sur un fond sans profondeur. La confrontation entre la présence humaine, incarnée par un corps féminin alangui, et la froideur de son environnement est typique de l’art de Vallotton.