Les abstractions - première moitié du XXe siècle

L’invention de l’art abstrait est un élément majeur de l’art du XXe siècle, à l’égal de celui de la mise au point de la perspective à la Renaissance.

Dès 1910, date de la première aquarelle abstraite de Kandinsky, nombre d’artistes s’émancipent du réel et des conventions narratives. L’art devient un champ d’expression libre et pour certains, il doit devenir art total et expression universelle d’une utopie sociale et collective. À l’aide d’un important corpus théorique, diverses tendances légitiment le statut de l’abstraction comme un langage plastique à part entière.

Kandinsky et Kupka sont les précurseurs de la naissance d’une forme d’abstraction lyrique. Au Bauhaus, véritable laboratoire artistique créé à Weimar en 1919, Klee et Kandinsky diffusent leur vision d’un art capable de toucher l’œil et l’âme du spectateur par le seul pouvoir des formes et des couleurs.

La voie géométrique amorcée par Mondrian, est suivie par Van Doesburg, Van Der Leck et Gorin. L’abstraction se systématise, réduit le visible à des rapports de plans, de lignes et de couleurs.

L’art abstrait se diffuse rapidement à une échelle internationale et se prolongera à travers les préoccupations esthétiques de la seconde moitié du siècle.

  • Complexité simple

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Vassily KANDINSKY
    Date : 1939
    Dimension : 100 x 81 cm
    Crédit : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIXDomaine public
    Acquisition : Don en 1959 au Musée national d'art moderne / Centre de création industrielle.
    Dépôt au Musée de Grenoble en 1988.

    Localisation : SA31 - Salle 31

    Détails

    Entre 1910 et 1911, Kandinsky abandonne peu à peu la peinture de plein air de la période du Blaue Reiter au profit d’une transcription directe de la sensation d’où naîtra l’abstraction.

    Complexité simple a été peinte à un moment où, sous l’influence de lectures d’ouvrages scientifiques sur l’évolution de la vie, le peintre élabore un répertoire de motifs biomorphes issus de l’univers des cellules et de l’embryologie. Sur un fond bleu-noir recouvert de blanc floconneux, des formes géométriques et organiques se superposent et s’interpénètrent, délimitées par un cerne sombre. Leur coloris délicat, dans une gamme pastel, et la touche mouchetée vibratoire, rappellent le pointillisme. L’ensemble apparaît comme un organisme vivant, baroque et chamarré.

  • Tourbillon

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : František KUPKA
    Date : vers 1923 - 1924
    Dimension : 72,3 x 78,8 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix© Adagp, Paris
    Acquisition : Dépôt du Musée national d'art moderne en 1959.
    Localisation : SA30 - Salle 30

    Détails

    Kupka s’installe à Paris en 1896. Dès 1906, il adopte les motifs de la verticale et de la spirale, puisant son inspiration du côté des sciences naturelles et de l’astronomie, de la théosophie ou des innovations cinématographiques.

    Dans Tourbillon, la fluidité des coups de pinceau et l’alternance des couleurs chaudes et froides parviennent à donner rythme et vibration au motif spiralé. Le déploiement rappelle l’imagerie scientifique relative à la vie organique, à la croissance des végétaux ou au mouvement des astres. Cette composition pourrait enfin illustrer les vibrations lumineuses et sonores mises au jour par la physique moderne. Kupka souhaitait, par l’utilisation de la couleur pure, créer un plaisir analogue à celui de la musique.

  • Composition n° 7, carré dans la section d'or

    Médium : Huile sur fibrociment
    Auteur : Jean GORIN (Jean-Albert GORIN, dit)
    Date : 1927
    Dimension : 51 x 51 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix© droits réservés
    Acquisition : Donation de Suzanne Gorin en 1989
    Localisation : SA30 - Salle 30

    Détails

    La découverte en 1926 d’une composition de Mondrian pousse Jean Gorin vers l’abstraction. Il deviendra l’un des continuateurs les plus pertinents du courant créé par le peintre hollandais: le néo-plasticisme.

    Ce tableau marque parfaitement son adhésion à la philosophie néo-plastique, selon les principes d’une peinture exécutée dans une facture neutre, de l’agencement orthogonal et asymétrique de plans de couleurs réduites aux trois primaires. Les rapports de surfaces et de valeurs, délimitées par des lignes noires, sont l’expression d’une harmonie universelle évoquant celle du cosmos.

    Placées en périphérie, les couleurs, savamment proportionnées, encadrent un carré blanc ouvert sur l’espace extérieur au tableau. L’ensemble, fondé sur les principes du nombre d’or, répond à la quête d’équilibre et d’unité de l’art néo-plastique.

  • Le Faneur

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Bart van der LECK
    Date : 1957 - 1958
    Dimension : 140,6 x 140,2 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix© Adagp, Paris
    Acquisition : Achat à M. O.Schöne en 1989
    Localisation : SA30 - Salle 30

    Détails

    Formé à l’art des vitraux et aux arts appliqués, Van der Leck, influencé par Mondrian, a peint des œuvres dans lesquelles le motif n’est quasiment plus lisible, compositions purement abstraites et constructions géométriques tirées de la réalité.

    Le Faneur est l’une de ses dernières toiles, image monumentale de l’homme au travail. Lointain souvenir de Millet et de Van Gogh, l’homme au champ est traité dans un grand format carré. Le peintre réduit le faneur et son outil à quelques surfaces géométriques dérivées du rectangle et du triangle. Les trois couleurs primaires réparties savamment créent un rythme qui anime la scène.

    Les grandes diagonales de la fourche et des jambes du personnage engendrent un dynamisme que Mondrian refusait.

  • Echelonnement

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Sophie TAEUBER-ARP (Sophie-Henriette TAEUBER, dit)
    Date : 1934
    Dimension : 65 x 50,8 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Achat à Marguerite Arp-Hagenbach en 1969
    Localisation : SA30 - Salle 30

    Détails

    Sophie Taeuber-Arp compte parmi les pionnières de l’abstraction. Toute son œuvre conserve l’originalité d’une double attache, le mouvement dada et le constructivisme.

    Peint en 1934, Échelonnement qui appartient à la série des ondulations linéaires, est le fruit de cette synthèse. La répétition d’un motif blanc entre horizontale et courbe, créant une succession cadencée sur un fond bleu, se poursuit au-delà du tableau. La mise en page est clairement ordonnancée par des éléments identiques mais de taille variable, superposés, dont le caractère rythmique et ondulatoire évoque la musique ou la danse. La danse a imprégné ses créations jusqu’à la fin de sa vie, donnant à ses œuvres l’harmonie et la fluidité de partitions chorégraphiques.

  • Cercles simultanés

    Médium : Huile sur carton
    Auteur : Robert DELAUNAY
    Date : 1934
    Dimension : 60 x 46,5 cm
    Crédit : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIXDomaine public
    Acquisition : Achat à J. Mathellot en 1948
    Localisation : SA30 - Salle 30

    Détails

    Après des sujets essentiellement modernes où alternent éléments figuratifs et abstraits, Delaunay passe à l’abstraction en 1912.

    Reprenant les formes circulaires dépouillées de tout rappel de la réalité, élaborées au cours de cette période, il adopte dans les années 1930 des compositions dynamiques formées de couleurs contrastées distribuées en cercles concentriques. Verticales ou obliques, ses compositions s’organisent autour d’un axe central sur lequel se développent des disques colorés. Dans Cercles simultanés, l’alternance se poursuit en un mouvement sinusoïdal qui semble excéder les limites du tableau. Tout en mobilité et méandres, les ondes circulaires qu’il peint incarnent lyrisme et joie de vivre. Elles évoquent aussi le rythme syncopé du jazz.

  • Objets célestes

    Médium : Huile sur bois
    Auteur : Jean ARP (Hans ARP, dit)
    Date : 1962
    Dimension : 75,7 x 75,7 x 8,5 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix© Adagp, Paris
    Acquisition : Don de Marguerite Arp-Hagenbach en 1970

    Détails

    Arp inaugure en 1917 un style organique et mouvant qui pose les fondements esthétiques et philosophiques de son œuvre. Pour lui, l’abstraction est avant tout une vision concrète de la nature. Dans le monde en gestation qu’il cherche à figurer, les ovales ondulants, synonymes de métamorphose, sont ses formes de prédilection, comme en témoigne ce tableau.

    Ici, les éléments ovoïdes blancs superposés flottant dans l’espace sont organisés selon un équilibre subtil alliant biomorphisme et constructivisme. La tranche peinte en jaune crée un halo qui dissout le relief dans la lumière. Dès 1929, Arp a fait le choix du blanc et de l’épure. Reproduisant les cycles de la nature, il poursuit dans les années 60 sa quête métaphysique des formes, réutilisant des motifs anciens dans un perpétuel mouvement de germination.

  • Espace-temps

    Médium : Bronze poli
    Auteur : Etienne BÉÖTHY (Istvan BÉÖTHY, dit)
    Date : 1935
    Dimension : 95,3 x 16,4 x 7,6 cm
    Acquisition : Achat à l'artiste en 1958

    Détails

    Après avoir parcouru l’Europe, Béothy, d’origine hongroise, s’installe à Paris en 1925 et cofonde en 1931 le groupe Abstraction-Création. Il s’éloigne des théories constructivistes pour s’intéresser à la morphologie dans des sculptures devenues presque abstraites

    Dans Espace-temps, il part de l’esquisse spontanée d’un mouvement existant dans la nature pour le reproduire à partir de calculs mathématiques savants. Le déploiement ascendant est fondé sur une progression arithmétique qui confère à l’œuvre la perfection de l’ondulation d’une flamme immobile. La ligne serpentine, comme repliée dans le socle, s’élance avec fluidité vers le ciel. Les reflets de lumière et de l’environnement sur le métal poli accentuent l’impression d’élan souple et naturel. Le sculpteur parvient de façon remarquable à incarner l’essence du mouvement dans le bronze.

  • Construction linéaire dans l'espace n°2

    Médium : Perspex et fibres de nylon
    Auteur : Naum GABO (Nathanaël PEVSNER, dit)
    Date : 1949 - 1953
    Dimension : 113,5 x 84,5 x 84,5 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixThe Work of Naum Gabo © Nina & Graham Williams
    Acquisition : Achat à l'artiste en 1972

    Détails

    En 1920, Naum Gabo signe avec son frère Antoine Pevsner le Manifeste réaliste dans lequel ils annoncent la destruction de « ce qui auparavant séparait la peinture de la sculpture ».

    En véritable ingénieur, rompant avec l’apesanteur, l’opacité et le statisme de la sculpture classique, Gabo réalise dès lors ses sculptures par assemblage.

    Cette œuvre, conçue en 1949, est la reproduction d’un modèle mathématique pour un projet inabouti, celui de l’aménagement du hall de l’Esso Building à New York. L’artiste adopte ici des matériaux inédits, le perspex (équivalent du plexiglas) et le nylon. Suspendu entre sol et plafond, le mobile, traversé par la lumière qui ondoie sur ses faisceaux de lignes, est un modèle de légèreté et de transparence.