Au fil de l'eau

Tout au long de ce parcours dans les collections, vous allez avancer au fil de l’eau.

Elle est présente de bien des façons dans l’histoire de l’art et parfois de manière très inattendue! De sa valeur symbolique baptismale, souvent représentée dans la peinture religieuse ancienne, à son simple usage dans la toilette en passant par ses différents états dans la nature. Vous découvrirez également comment des sculpteurs au XXe siècle essaient de la dompter, allant même jusqu’à tenter de l’imiter !

  • Saint Jean-Baptiste

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Philippe de CHAMPAIGNE
    Date : vers 1656
    Dimension : 131 x 98 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Dépôt de l' Etat en 1811
    Localisation : SA08 - Salle 08

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    La figure de Jean-Baptiste est d’emblée reconnaissable dans cette peinture de Philippe de Champaigne. Il porte une peau de bête (tenue de l’ermite) et se tient tout proche d’un plan d’eau, élément qui lui est naturellement associé. Il nous indique de l’index un personnage vêtu de blanc dans le lointain, qui n’est autre que le Christ dans son habit de pureté, debout sur les rives du Jourdain, tel une apparition spectrale. C’est dans ce fleuve que le Christ sera plongé par son cousin, acte hautement symbolique de purification et de renaissance dans la chrétienté, que l’on nommera Baptême. La source qui coule aux pieds du saint est plutôt un symbole de naissance. On peut d’ailleurs y observer de magnifiques iris des marais, représentés avec le talent naturaliste que l’on connaît au peintre. L’eau est ici le fil conducteur de l’histoire racontée par l’artiste.

  • Le Torrent

    Médium : Bronze
    Auteur : Urbain BASSET
    Date : s.d.
    Dimension : 89,5 x 26 x 37,7 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Legs de M. Jacques Debon dit Bon en 1895
    Localisation : SA19 - Salle 19

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    Comment représenter l’eau en sculpture ? Tel est le défi que se lance Urbain Basset. Son idée est d’en imaginer une allégorie et il fait le choix de personnifier un torrent sous les traits d’un athlétique jeune homme. Depuis l’antiquité, il existe un code de représentation des dieux fleuves, en posture allongée et statique, accoudés sur une jarre qui déverse de l’eau. Ici, c’est tout l’opposé ! En réalisant cette sculpture destinée à devenir une fontaine pour l’espace public, l’artiste met en scène l’eau qui en jaillira. Dans cette version affectée à l’extérieur, l’eau sort de la cruche que le jeune homme tient à bout de bras au-dessus de sa tête. Un dispositif ingénieux et spectaculaire ! Basset traduit par les lignes de sa sculpture toute l’impétuosité d’un torrent de montagne. Tel un danseur, en équilibre sur un pied et à peine vêtu d’un drapé qui flotte dans les airs, ce jeune homme incarne toute l’énergie de l’eau vive, filant entre les roches !

  • Le Lac de l'Eychauda

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Laurent GUÉTAL dit Abbé GUÉTAL
    Date : 1886
    Dimension : 182 x 262 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Achat à l'artiste en 1886
    Localisation : SA21 - Salle 21

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    L’eau vivifiante au cœur des rochers, tel est le thème préféré de Laurent Guétal. Cet abbé grenoblois, peintre et professeur de mathématiques, fut aussi alpiniste. Il n’a de cesse de représenter les éléments dans de spectaculaires paysages de montagne. L’eau est dans ces deux tableaux au centre de ses compositions. Calme et telle un miroir dans le Lac de l’Eychauda, elle est tout l’opposé dans le torrent des Étançons (La Bérarde, vallée de la Pilatte). Ici elle coule à toute vitesse et avec fracas, au cœur de la vallée de la Pilatte. Deux ambiances sonores parfaitement contrastées émanent de ces paysages. Le premier est silencieux, il nous plonge dans une forme de méditation contemplative. Quant au second, il nous invite à humer la fraîcheur de l’atmosphère, tant les remous de l’eau semblent réalistes. Dans les deux cas, Guétal offre une expérience sensorielle de territoires encore bien peu fréquentés à cette époque.

  • Le bain

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Tony ROBERT-FLEURY
    Date : 1903
    Dimension : 174 x 100 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Don Gustave Rivet en 1912, acquis par lui auprès de Mme Robert-Fleury
    Localisation : SA20 - Salle 20

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    Quoi de plus naturel que de faire sa toilette ? La simplicité de cette scène interpelle. Pourtant en 1903, les intérieurs sont rarement dotés d’une baignoire (encore moins de baignoires en cuivre ou de salles de bains) mais plutôt de simples tubs, dans la chambre ou la cuisine. Grâce à l’élégance des gestes qui l’accompagnent, le tub reste dans l’histoire de l’art parmi les plus fameuses représentations de la nudité au bain, immortalisé par Degas, Vuillard, Bonnard…Ces peintres imposent la vision d’une intimité plus crue, loin des classiques nus féminins (Diane et autres nymphes) se baignant en pleine nature. Les femmes à leur toilette sont désormais présentées comme observées au travers de la serrure ! C’est comme si vous étiez avec cette femme dans sa salle de bain, quelle scène familière ! Cette belle rousse n’est ni une Vénus, ni une naïade. Elle sèche tranquillement son corps, dans une atmosphère feutrée, caressée par la lumière chaude et dorée émanant de la fenêtre.

  • La Danse

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Fernand LÉGER
    Date : 1929
    Dimension : 130,5 x 90 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix© Adagp, Paris
    Acquisition : Achat de l'Etat à l'artiste en 1936
    Dépôt au Musée de Grenoble en 1936

    Localisation : SA29 - Salle 29

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    Quel singulier décor que celui de ce tableau…Où peut bien évoluer cet étrange duo ? Il nous est difficile de qualifier l’environnement de cette scène de danse. Ces deux femmes aux corps désarticulés flottent dans un espace indéterminé, flou, gris, et sans limites. Elles semblent dépourvues de squelette et leurs formes sont faites de lignes sinueuses, de courbes dansantes et de proportions étonnantes. Les ondulations de leurs corps les apparentent à des poupées désarticulées et la couleur de leur peau nous renvoie à quelque animal aquatique. On sait combien Léger appréciait le mélange des environnements. Inspiré de la nature mais surtout du monde moderne artificiel, celui des machines et des nouvelles formes créées par l’homme. Une fleur flotte à leur côté, seule référence à la nature, elle est telle une curieuse algue en suspension…Tout ici semble nous conduire dans un univers aquatique mystérieux et poétique. Ces créatures seraient-elles deux sirènes ?

  • Nid d'amphioxus

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Yves TANGUY
    Date : 1936
    Dimension : 60 x 80,7 cm
    Crédit : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIX© Adagp, Paris
    Acquisition : Don de Peggy Guggenheim en 1954, entré dans les collections en 1941.
    Localisation : SA36 - Salle 36

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    Qu’y a-t-il de plus mystérieux ici ? Le titre de ce tableau ou ce qu’il représente ? Au premier regard il est difficile de savoir dans quel type de paysage le peintre nous transporte. Tanguy, maître du surréalisme, joue évidemment sur l’ambiguïté de cette scène. Il nous plonge dans l’univers infini et sous-marins de petits êtres invertébrés vivant dans le sable, nommés amphioxus. Pourtant il est ici très difficile de reconnaître un quelconque être vivant, ni même l’élément aquatique dans lequel évoluent ces petits êtres ! En revanche il est possible de ressentir le passage de l’eau, à la fois sur la surface de ce paysage sans fin et absolument plat, mais également sur ces formes étranges, tout en courbes, comme érodées par l’élément aquatique… Tanguy ouvre une page poétique sur un monde sous-marin, dont il propose une interprétation imaginaire et fantasmée.

  • Etre fleuve 5

    Médium : Pierre
    Auteur : Giuseppe PENONE
    Date : 1998
    Dimension : 40 x 40 x 50 cm
    Crédit : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIX© Adagp, Paris
    Acquisition : Achat à l'artiste en 2011

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    Cette sculpture est un trompe-l’œil ! On pourrait penser qu’il s’agit de l’installation de deux pierres identiques l’une à côté de l’autre…pourtant c’est un tour de force de l’artiste, un défi qu’il s’est lancé. Évidement la nature ne fabrique pas deux pierres identiques ! L’homme, quant à lui, peut-il imiter la nature à la perfection ? Penone tente ici de reproduire dans un bloc la « sœur jumelle » d’une pierre. Il est allé extraire ce bloc de la montagne en amont d’une rivière dans laquelle il avait trouvé une belle roche arrondie, polie par les eaux puissantes du torrent. Son défi est donc d’imiter le plus parfaitement possible le volume de cette pierre. Ce geste déroutant du sculpteur nous invite à réfléchir sur le temps, celui de la nature et de ses éléments, le temps long et géologique. L’eau met des siècles à polir une pierre et lui donner sa forme unique. Cette perfection formelle qui fascine Penone est au cœur de son travail depuis plus de 40 ans.

  • Puits I (Variation 2)

    Médium : Poudre de bronze, résine, mécanisme, pierre noire, eau
    Auteur : Cristina IGLESIAS
    Date : 2011
    Dimension : 120 x 123 x 123 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix© Adagp, Paris
    Acquisition : Achat à Cristina Iglesias en 2016

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    Cette installation est la seule œuvre du musée comportant de l’eau ! L’œuvre est d’emblée déroutante. Il s’agit extérieurement d’un cube de marbre aux lignes impeccables. En s’approchant, on constate qu’il est creux. À l’intérieur, un étrange enchevêtrement de formes réalisées en bronze. Ces formes imitent celles des racines, telles qu’on les observe dans les marécages ou les mangroves. Cristina Iglesias va plus loin dans cette mimesis de la nature ! Elle introduit l’élément aquatique à cette installation. Une pompe permet le mouvement de l’eau. Ce puits se remplie lentement jusqu’au sommet du cube, l’eau stagne quelques instants puis se vidange lentement. Ce mouvement semble immuable, tel celui des marées. L’effet est saisissant…voire inquiétant. De cette étrange « marée » se dégage une poésie particulière, nous renvoyant à l’univers des contes, du fantastique ou des rêves.