L'Entrée de Napoléon à Grenoble en 1815

Alexandre DEBELLE
1840
Huile sur toile
260 x 410 cm
Crédit photographique :
Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix
Acquisition :
Don de l' Etat en 1840
Fonds national d'art contemporain
Dépôt au Musée de Grenoble en 1840

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C’est sous le pinceau d’Alexandre Debelle que la peinture d’histoire dauphinoise acquiert ses lettres de noblesse au XIXe siècle. Alors qu’elle passionne les spécialistes, peu d’artistes s’en préoccupent à l’exception d’un Voreppin qui lui consacre une partie de sa production. Alexandre Debelle grandit dans une famille de nobles installée à Voreppe, petit village au nord de Grenoble[1]. L’engagement militaire de son père et de son oncle[2], se revendiquant comme de fervents défenseurs de la patrie et de Bonaparte, explique en partie l’engouement du peintre pour les représentations historiques. D’abord étudiant en droit, Debelle abandonne cette voie au profit d’un enseignement artistique qu’il suit auprès de Benjamin Rolland à l’école de dessin de Grenoble. Puis il effectue un voyage en Italie[3]. À Paris, entre 1830 et 1835, il fait l’expérience de la peinture dans l’atelier de l’un des maîtres les plus réputés, Antoine Jean Gros[4] (1771-1835). Peintre de la légende napoléonienne, celui-ci lui avait également transmis sa passion pour l’histoire et le culte de l’Empereur. Ainsi, trois ans après sa première participation au Salon[5], Debelle peint et expose en 1840 L’Entrée de Napoléon à Grenoble en 1815[6]. Ce tableau monumental met en scène l’arrivée de Napoléon Ier à Grenoble le 7 mars 1815 lors de l’épisode des Cent-Jours. Au clair de lune, l’Empereur à cheval, assisté de ses fidèles généraux Cambronne, Bertrand, Drouot et le colonel Labédoyère, se présente devant la porte de Bonne. Il est entouré d’hommes, de femmes, d’enfants, de soldats et de grenadiers de la garde impériale, dont un officier qui porte un drapeau tricolore. Impatients de le voir poursuivre son chemin vers la capitale, quelques-uns tentent d’enfoncer la porte à l’aide d’une poutre, sous l’insistance de Labédoyère qui brandit son bicorne. Au-delà du rempart, on peut voir la caserne de Bonne, le clocher de l’église Saint-Louis et le fort de la Bastille. Quelques instants plus tard, Napoléon Ier franchira l’édifice, acclamé par la foule, pour se rendre à l’hôtel des Trois- Dauphins où il passera la nuit avant de rejoindre Paris. Pour cette composition, à la fois complexe et parfaitement ordonnancée, Debelle réalise de nombreux dessins préparatoires dont dix-sept nous sont parvenus. D’un effet juste, son rendu éloquent résume les qualités de l’artiste qui, de la fidélité des costumes à la posture des personnages, en passant par l’exactitude de l’architecture urbaine, ne laisse rien au hasard, accomplissant ainsi pleinement son rôle de peintre d’histoire. Grâce à l’intervention des députés Alphonse Périer et Louis André Marion de Faverges, l’oeuvre est achetée par l’État l’année de son exposition au Salon de Paris et envoyée directement au musée de Grenoble. En recevant ce tableau, l’institution accueille le récit d’un fait singulier de l’histoire de France qui illustre, de surcroît, l’un des plus célèbres évènements de l’histoire du Dauphiné.


[1] Sylvie Vincent (dir.), Alexandre Debelle (1805-1897) : un peintre en Dauphiné, Grenoble, Conseil général de l’Isère, 2005.
[2] Le père d’Alexandre Debelle, Joseph Guillaume Debelle (1779-1816) est capitaine de régiment dans l’armée républicaine. Césaire Alexandre Debelle (1770-1826), son oncle, est général de brigade de cavalerie. Il reçoit le titre de baron d’Empire pour ses nombreuses victoires et pour ses actes de bravoure.
[3] Lors du Salon de Grenoble en 1833, Debelle expose un paysage des Environs de Castellamare. Bien que nous n’ayons pas de dates précises, cette indication laisse penser qu’il connaissait l’Italie. Par la suite, il séjourne à Rome et en Campanie.
[4] Après la mort du baron Gros, Debelle rejoint l’atelier ouvert par l’un de ses anciens élèves, Camille Roqueplan (1803-1855). Parallèlement, il tente, sans succès, d’entrer à l’École des beaux-arts.
[5] En 1834, Debelle essuie un refus de la part du jury du Salon. Sa première participation officielle a donc lieu en 1837 avec Vue prise à Fontaine, près Grenoble.
[6] Cette année-là, le roi Louis-Philippe décide de rapatrier le corps de l’Empereur pour le faire enterrer à Paris. Son cercueil est alors déposé sous le dôme des Invalides.

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