Femme au col blanc

Amedeo MODIGLIANI
1917
Huile sur toile
81 x 60,2 cm
Crédit photographique :
VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIX
Acquisition :
Achat à la Galerie Bernheim-Jeune en 1923

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En 1906, Amedeo Modigliani s’installe à Paris où il est très vite confronté aux avant-gardes. Après une première production inspirée par l’art des Fauves, des expressionnistes, par Toulouse- Lautrec, Matisse et Picasso, sa peinture est marquée par une réflexion profonde sur l’oeuvre de Cézanne. De 1909 à 1913, il se consacre à la sculpture et, inspiré par Brancusi ainsi que par la statuaire archaïque grecque, étrusque et égyptienne, mais aussi par la découverte de l’art africain, il réalise un grand nombre de Têtes et de Cariatides, dans lesquelles la recherche d’expression repose sur la simplification des volumes et sur le rythme constructif de la ligne. En 1914, en raison d’une santé fragile et de difficultés matérielles, Modigliani revient à la peinture avec le portrait de commande. Effectuant une synthèse entre construction cézanienne et primitivisme, il cherche à capter la beauté abstraite de la figure et peint toujours d’après modèle : « Pour travailler, j’ai besoin d’un être vivant, de le voir devant moi. » Femme au col blanc est le premier tableau de l’artiste acquis par un musée. Il s’agit du portrait de Lunia Czechowska, une jeune Polonaise réfugiée chez Leopold Zborowski, marchand du peintre, et sa femme Hanka. Modigliani en fit l’un de ses modèles favoris jusqu’à la fin de sa vie. Il la représente dans une pose cézannienne : vue de face, assise les mains croisées sur les genoux, la tête légèrement penchée. L’élégant étirement du corps, particulièrement marqué pour le cou et le visage ovale soulignés par un cerne noir, confère à la jeune femme une grâce qui évoque les primitifs toscans longuement admirés par le peintre au cours de sa jeunesse. Le décor, des plus sobres, peint dans un camaïeu de bleus, bruns et gris, animé par la seule variation de la touche, crée une atmosphère atemporelle qui entoure un visage énigmatique. Celui-ci fascine par l’équilibre entre hiératisme d’une forme empruntée aux masques africains et douceur du modelé évoquant les icônes byzantines. À la recherche de pureté formelle, Modigliani n’en est pas moins en quête de la vérité du modèle, qui se donne et se dérobe à la fois. Songeant à l’expressive vacuité des orbites des masques, le peintre estompe le regard, qui, dès lors, paraît absent ou tourné vers quelque méditation impénétrable.

Un autre regard

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