Nature morte

Giorgio MORANDI
1939
Huile sur toile
23 x 25 cm
Crédit photographique :
Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix
Acquisition :
Achat à la Landau Fine Art Gallery en 2014, avec le soutien du Club des mécènes du musée de Grenoble
Localisation :
EXPOTEMPORAI - Salles d'expositions temporaires

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Né en 1890 à Bologne, Giorgio Morandi s’est très tôt tourné vers la peinture. Il s’inscrit à l’Académie des beaux-arts de Bologne en 1907, dont il suit les cours jusqu’à son diplôme en 1913. Néanmoins, de son aveu même, il se sent très vite en décalage avec l’enseignement académique qu’il reçoit, et c’est au travers des revues qu’il découvre l’impressionnisme et le néo-impressionnisme ainsi que l’artiste qui demeurera sa référence absolue : Cézanne. En 1914, il croise la route des futuristes et participe à la première exposition Libera futurista à Rome, mais ce n’est qu’en 1918, lorsqu’on lui montre des reproductions de peintures métaphysiques de Giorgio de Chirico et de Carlo Carrà, qu’il trouve résolument sa voie. Durant deux années, il adopte les canons esthétiques de la Metafisica et réalise un groupe de natures mortes remarquables. C’est au sortir de cette période, à partir de 1921, que Morandi définit les principes de sa démarche artistique. Ils relèvent d’un travail sur le motif et reposent sur une observation tendue et inquiète du réel, un réel qui se résume essentiellement pour lui aux simples objets de ses natures mortes et aux paysages de Grizzana, un village des Apennins où la famille possède une maison. Dès lors, il se livre à une quête solitaire et obstinée d’une harmonie ultime, celle qui se dissimule derrière les choses visibles et qu’un agencement momentané laisse parfois apparaître. Ce faisant, derrière le classicisme apparent de cette recherche, l’artiste développe une problématique d’une grande modernité. Si la critique a souvent établi un parallèle entre le peintre italien et Giacometti, à cause notamment de leur semblable insistance à reprendre de manière obsessionnelle les mêmes motifs, il faut aussi penser la peinture de Morandi à travers l’art abstrait géométrique, jusqu’à ses développements américains, de Rothko au minimalisme.
En 1939, Morandi peint six natures mortes et deux paysages. Ce nombre restreint d’œuvres correspond à son rythme de création dans les années d’avant-guerre. Cette production rare reflète les doutes et les interrogations de l’artiste durant cette période, que le joug du fascisme et l’imminence de la guerre ne font qu’accroître. Par sa simplicité et son équilibre, cette composition apparaît comme l’un des chefs-d’œuvre les plus délicats et émouvants de ces années. On songe aux nocturnes de Georges de La Tour, à leur intensité et leur recueillement. Peinture d’un équilibre miraculeux, pétrie de silence et d’une sombre ferveur, elle ne cesse semble-t-il de palpiter, grâce à une touche généreuse et puissante qui irrigue et unifie toute la surface du tableau, grâce aussi aux échos chromatiques qui font résonner chaque élément. Dans cette œuvre, l’artiste paraît atteindre la quintessence de son art. Avec des moyens limités, une gamme presque monochrome, un format modeste, une absence totale de théâtralisation dans le choix et la disposition des objets, il parvient à la fois à dire la peinture dans sa vérité « matérielle » – « […] une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées » (Maurice Denis) – et dans ce qui la dépasse et la transcende : le mystère du visible que nulle analyse, nulle transcription ne parviendra jamais à percer.

Un autre regard

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