Le Boeuf écorché

Chaïm SOUTINE
1925
Huile sur toile
202 x 114 cm
Crédit photographique :
VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIX
Acquisition :
Achat à la Galerie Pierre Loeb en 1932

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Chaïm Soutine reçoit son premier enseignement artistique à Vilnius avant de partir à Paris en 1913. À Montparnasse, il se lie d’amitié avec Modigliani et son marchand Zborowski, et ce n’est qu’à partir de 1922, lorsque le collectionneur américain Albert Barnes lui achète un grand nombre de tableaux, qu’il connaît l’aisance et un certain succès. En 1925 Soutine réalise une série de toiles sur le thème du bœuf écorché qui a pour point de départ un tableau du Louvre : La Carcasse de boeuf de Rembrandt. Il choisit cette œuvre non pour la copier mais pour l’interpréter et, à partir de là, inventer sa propre peinture. Ne pouvant travailler qu’en présence d’un modèle, il fit installer une carcasse de bœuf dans son atelier et, sans dessins préparatoires, exécuta plusieurs versions de ce sujet, celle de Grenoble étant la plus magistrale. Aucune mise en scène, aucun environnement ne viennent distraire la perception de ce motif isolé, parfaitement centré et vu de près. Les dimensions importantes du tableau rendent ce face-à-face encore plus saisissant. On pénètre tout autant dans les entrailles de l’animal que dans la peinture elle-même. La vision de ce bœuf éventré, suspendu par les pattes arrières et aux chairs écartelées, n’a rien de morbide : c’est une évocation de la crucifixion que sert et exalte la fusion des formes et des couleurs. En pleine possession de son art, Soutine joue des contrastes violents entre un fond bleu mêlé de noir ou de blanc et le rouge strident des chairs que réchauffe le jaune du suif. Cette explosion des couleurs va de pair avec le traitement spontané de la matière. La peinture directement sortie du tube est appliquée à larges coups de brosse avec empâtements, reprises et superpositions. Par endroits, un trait tourbillonnant, dessiné au pinceau avec une matière plus fluide, anime à son tour la surface colorée. À travers cette image surprenante où la vie côtoie la mort, l’artiste parvient à restituer l’émotion et le tourment que lui ont procuré l’acte de peindre.

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