Idylle

Francis PICABIA (Francis MARTINEZ DE PICABIA, dit)
vers 1925 - 1927
Huile sur isorel
105,7 x 75,7 cm
Crédit photographique :
Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix
Acquisition :
Don de Madame Jacques Doucet, en exécution de la volonté de son mari, en 1931
Localisation :
SA36 - Salle 36

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Francis Picabia figure au même titre que Marcel Duchamp au rang des grands perturbateurs de l’art du XXe siècle. Né à Paris dans une famille bourgeoise d’un père espagnol et d’une mère française, Picabia entre à l’École des Arts Décoratifs en 1892. Il peint un temps à la manière impressionniste avant d’expérimenter un style aux confins du cubisme, du fauvisme et de l’orphisme. Très vite, l’artiste affirme son credo : son œuvre sera multiple, kaléidoscopique et versatile. « Il faut être beaucoup de choses » affirme-t-il en 1917 ; « Toute conviction est une maladie » renchérit-il en 1920 dans Unique Eunuque. Poète et artiste, éditeur autant qu’organisateur de ballets et de spectacles, Picabia désacralise l’art par le scandale, l’humour et la dérision. Figure essentielle du mouvement dada à Paris, celui qui se surnomme tantôt « loustic », tantôt « rastaquouère » ou « funny guy » crée son propre mythe, celui d’un artiste mondain prisant les femmes, la Côte d’Azur, les voitures et les galas. Mais la frivolité et la désinvolture érigées chez Picabia en art de vivre ne doivent pas éclipser une œuvre en perpétuel questionnement. Des aquarelles mécanistes de 1915-1921 (La Fille née sans mère aux propositions ready-made ([La Danse de Saint- Guy](http://collection.centrepompidou.fr/#/artwork/150000000030915?layout=grid&page=0&filters=query:guy,,authors:PICABIA+Francis+(MARTINEZ+DE+PICABIA+Francis,+dit)_, 1922 ; L’OEil cacodylate, 1921) jusqu’aux Transparences (vers 1930) en passant par les Espagnoles aux allures de chromos, Picabia vient, par l’insolence de ses provocations picturales, « mettre la peinture au défi » (Aragon). Au cours des années 20, l’artiste s’installe avec sa compagne Gabrielle Buffet à Cannes. Il entame alors la série des Monstres, peintures humoristiques aux figures déformées et cernées jouant de superpositions. S’inspirant de cartes postales populaires, du cinéma et du roman-photo naissant, il crée des compositions bariolées mettant en scène des couples, comme celui d’Idylle. S’inscrivant dans le droit fil des œuvres mécanomorphes qui parodiaient le désabusement amoureux, Idylle présente un couple étrange noyé dans un paysage bleu. Un morceau de village occupe la tête de l’homme comme s’il s’agissait d’une boule à neige, quand la femme, avec son visage aux yeux redoublés et aux bouches multiples, est un écho du portrait de la marquise Casati, photographiée par Man Ray en 1922. Cette satire de l’amour et de la sociabilité cannoise annonce, par son style, le cycle des Transparences.

Un autre regard

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