On donne du grain aux poules

Sigmar POLKE
2005
Acrylique sur toile préparée
250 x 250 cm
Crédit photographique :
VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIX
Acquisition :
Achat à l'artiste en 2006, avec la participation du FRAM
Localisation :
SA47 - Salle 47

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Pour ce transfuge de l’Est, passé en RFA et formé à Düsseldorf dans l’entourage de Beuys au début des années 60, le rôle de l’art dans la société est essentiel et la culture demeure un moyen de remise en question et d’évolution des mentalités. Dès ses débuts, dans les années 60, en contrepoint d’œuvres revisitant la question de la picturalité, Sigmar Polke a réalisé des tableaux s’appuyant uniquement sur le système de la trame photographique. Ces œuvres en noir et blanc, peintes à la main, répondaient de façon « artisanale » et ironique à l’utilisation des techniques photographiques employées par les artistes américains du Pop art. Cette manière radicale apparaissait avant tout comme l’affirmation de la mécanisation de la peinture, de sa désacralisation par l’emprunt à un genre jugé « mineur », enfin, de sa réduction à sa plus simple expression. Les œuvres ainsi réalisées interrogeaient la fiabilité du médium photographique dans sa soi-disant objectivité face au réel et pointaient les limites de la perception visuelle.
Avec On donne du grain aux poules, Sigmar Polke adopte cette forme extrêmement épurée. Le caractère « sans qualité » de ses peintures en noir et blanc est redoublé ici par l’insignifiance de l’image retenue par l’artiste : un fermier en train de nourrir ses poules. Mais le message sous-jacent de l’œuvre, réalisée l’année même où fut médiatisé le virus de la grippe aviaire, est clair : ce qui est familier, bénéfique, peut devenir inquiétant, hostile. On peut aussi reconnaître dans cette peinture une métaphore qui concerne le peintre et son art. En effet, à l’instar de la Cribleuse de Courbet du tamis de laquelle le blé tombe comme autant de touches de peinture, le fermier de Polke répand son grain comme autant de points, ces fameux points de la trame photographique. Le grain/point devenant le symbole d’une réalité instable qui s’atomise, se dissout dans ses contradictions, il s’avère de plus en plus difficile de distinguer le bon grain de l’ivraie, l’image angélique du scénario démoniaque.

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