Les feux de l'amour

L’amour ? Moteur de l’homme, il guide souvent l’artiste. Qu’il s’inspire des amours mythiques ou de ses propres passions, le peintre illustre souvent l’état amoureux.

Copiant la nature humaine, la mythologie grecque reproduit ses sentiments puissants. Les Dieux en subissent les tourments. Normal que ces amours intéressent le domaine artistique !

Icône ou muse éphémère, la femme dans la peinture dit souvent l’attachement à son créateur. Mais l’apogée des relations amoureuses reste la collaboration : l’osmose entre deux êtres enrichit le travail d’un couple d’artistes.

  • Dieu réprimandant Adam et Eve

    Médium : Huile sur cuivre
    Auteur : Domenico ZAMPIERI dit LE DOMINIQUIN
    Date : vers 1623 - 1625
    Dimension : 95 x 75 cm
    Crédit : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIXDomaine public
    Acquisition : Dépôt du Musée du Louvre en 1892
    Localisation : SA03 - Salle 03

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    Le premier couple

    L’histoire d’Adam et Ève est issue de la genèse. En modelant la femme avec la chair de l’homme, Dieu mise sur la réussite de cette union. Il place le couple dans le jardin d’Eden pour qu’il le cultive. Peuplé d’animaux, ce havre de paix regorge d’arbres.

    La collaboration avec les Carrache est visible dans l’attention du Dominiquin au paysage.

    Par le jeu des regards et des mains, l’artiste explore les méandres de l’égarement humain.

    L’introduction du serpent provoque une chaîne d’évènements irrémédiables. L’animal tente Ève, le geste de sa main le rend responsable. Elle déguste le fruit défendu et le partage avec Adam. Pris en flagrant délit, l’homme désigne la femme.

    L’intervention immédiate de Dieu scelle la destinée funeste de l’humanité. Découvrant sa nudité, le couple, expulsé du Paradis par des chérubins, devient mortel.

  • Proserpine ornant la statue de Cérès sa mère avec des fleurs qu'elle et ses compagnes viennent de cueillir : Pluton en devient amoureux, dit aussi L'Enlèvement de Proserpine ou Le Sacrifice à Cérès

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Joseph-Marie VIEN
    Date : 1757
    Dimension : 320 x 320 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Dépôt du Musée du Louvre en 1872
    Localisation : SA13 - Salle 13

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    L’amour fou, les dieux de l’Olympe

    Modèle destiné aux Gobelins, L’enlèvement de Proserpine fait partie d’un ensemble de quatre tapisseries consacré aux amours des dieux de l’Olympe. Fidèle au texte, Vien choisit dans « Les Métamorphoses » d’Ovide les détails évoquant les prémisses du rapt.

    Suivant une diagonale, les protagonistes occupent deux espaces contrastés. Le premier à gauche, décrit une scène bucolique aux tons nacrés. Entourée de ses amies, Proserpine fleurit la statue de sa mère, Cérès.

    Sur la droite, la flèche de Cupidon frappe Pluton qui surgit des enfers. Les tons noirs, bruns et rouges disent la violence de l’enlèvement, relayée par la stupeur lisible sur le visage d’une suivante.

    Soumis à la loi des dieux, le destin de la jeune fille sera âprement discuté par sa mère, son oncle, Pluton, et son père, Jupiter.

  • Héro et Léandre

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Louis Marie BAADER
    Date : 1866
    Dimension : 106 x 180 cm
    Crédit : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIXDomaine public
    Acquisition : Dépôt de l'Etat en 1866 (achat au 55e Salon des Artistes Vivants).
    Localisation : SA17 - Salle 17

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    A l’amour, à la mort

    « Que n'ose un jeune amant qu'un feu brûlant dévore ! » Virgile

    À Sestos, sur la rive occidentale de l’Hellespont (aujourd’hui les Dardannelles), Héro est vouée à la virginité comme toutes les prêtresses d’Aphrodite. Depuis Abbydos, de l’autre côté, Léandre rejoint sa belle à la nage. Chaque soir l’amant fougueux franchit le détroit, guidé par la flamme de son amoureuse.

    L’artiste représente le couple enlacé sur le rivage, avant la tragédie. La lune et les tons sourds rendent l’atmosphère mélancolique.

    Le ballet amoureux prend fin pendant l’hiver. Une grosse tempête plonge Léandre dans l’abîme des enfers. À la vue du corps de son bel amant, ramené par les vagues, la jeune fille met fin à ses jours. Pour avoir bafoué les règles édictées par Aphrodite, les héros sont punis.

    L’œuvre, aux accents romantiques, est une belle illustration de ce conte de l’amour et de la mort.

  • Idylle

    Médium : Huile sur isorel
    Auteur : Francis PICABIA (Francis MARTINEZ DE PICABIA, dit)
    Date : vers 1925 - 1927
    Dimension : 105,7 x 75,7 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix© Adagp, Paris
    Acquisition : Don de Madame Jacques Doucet, en exécution de la volonté de son mari, en 1931
    Localisation : SA36 - Salle 36

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    Le jeu de l'amour

    Ce tableau appartient à la période des « Monstres », telle que la nomme Picabia. L’artiste détourne des cartes postales d’amoureux factices qui jouent devant l’appareil photo toutes les variations de l’idylle.

    Les teintes sucrées, la retouche à grands coups de pinceaux disent l’ironie de l’auteur vis-à-vis du sentiment amoureux. La multiplication de la bouche et du regard disgracieux, le maquillage outrancier nous rappellent l’attachement de l’auteur à l’humour et à la farce.

    Picabia désabusé plonge le couple dans un océan de couleur bleue. Le monde est vaste, happée par les flots la femme rêve de voyages et d’évasion. L’homme retiendra-t-il sa dulcinée prisonnière de la maison campée dans sa tête ?

    L’incertitude dirige cette fable aux accents désenchantés. L’onirisme surréaliste guide encore l’artiste.

  • Intérieur blanc

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Pierre BONNARD
    Date : 1932
    Dimension : 109,5 x 155,8 cm
    Crédit : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIXDomaine public
    Acquisition : Achat à la Galerie Bernheim-Jeune en 1933
    Localisation : SA33 - Salle 33

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    Une muse obsessionnelle

    En 1893, la rencontre impromptue de Marthe dans la rue est décisive dans l’œuvre de Bonnard. Il la rattrape par le bras avant qu’elle ne heurte un tramway. Coup de foudre au bord de la chaussée !

    Errant dans un huis clos imposé par Pierre, son amoureuse ne pose jamais. Peinte 146 fois, croquée 717 fois, Marthe devient une muse obsessionnelle, motif central de sa peinture. Le temps n’a pas d’emprise sur elle. Il la peint de mémoire, comme au premier jour. Toujours convoquée dans les scènes intimistes, même après sa mort, elle se fond avec le décor.

    Dans l’Intérieur blanc, Bonnard joue à cache-cache avec son modèle. La théière dirige notre œil vers le chat et le corps penché de Marthe, invisibles au premier regard. Mais le véritable sujet est la lumière, qui inonde l’espace en une symphonie de nuances autour du blanc.

  • Femme lisant

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Pablo PICASSO
    Date : 1920
    Dimension : 100 x 81,2 cm
    Crédit : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIX© Succession Picasso
    Acquisition : Don de l'artiste en 1921
    Localisation : SA28 - Salle 28

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    Parade amoureuse

    L’aventure cubiste prend fin avec la Grande guerre. En 1917, à Rome, en pleine création du décor de « Parade », Picasso rencontre Olga, danseuse des Ballets russe.

    Ce voyage inspire à l’artiste un style plus académique. La femme lisant témoigne de cette appropriation des canons de l’antiquité, ainsi que de la référence à Ingres, maître de la déformation. L’été 1920, la grossesse de la jeune épouse est un prétexte pour explorer les formes monumentales. Les doigts boudinés et le corps massif illustrent l’emprunt classique. La ligne du nez aquilin, le traitement sculptural de la chevelure rappellent la sculpture grecque.

    Principale motif de cette période, la muse alimente et dirige la création du maître. Pendant toute sa vie, l’artiste, séducteur passionné, liera son art à sa relation aux femmes. Olga en est une parmi d’autres !

  • Le Songe d'une nuit d'été

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Marc CHAGALL
    Date : 1939
    Dimension : 116,5 x 89 cm
    Crédit : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIX© Adagp, Paris
    Acquisition : Don de l'artiste en 1951
    Localisation : SA34 - Salle 34

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    Une icône bienveillante

    Dès la première rencontre en 1909, Bella, la muse de Chagall, intègre la mythologie de l’artiste. Elle constitue l’un des symboles récurrents de son vocabulaire pictural. Face à l’adversité de l’exil, elle représente l’image de la stabilité. Figure bienveillante, la femme protège son bien aimé, perdu dans la tourmente de l’espace mouvant.

    Sorte de palimpseste, le Songe d’une nuit d’été mêle la pièce de théâtre de Shakespeare à l’univers de Chagall. Une nouvelle fois, l’artiste choisit l’image de l’éternelle mariée, réfugiée dans les bras d’un personnage ridicule, à la tête animale. Sorte d’autoportrait, la scène raconte aussi l’histoire de la belle et de la bête, comme prolongement de la vie privée.

    Deux récits écrits par chacun des amants témoignent de cette passion réciproque, Lumières allumées de Bella et Ma vie de Marc.

  • Endless Through a Glass-House Looking
    (Contemplation interminable de la maison de verre)

    Médium : Bois, métal galvanisé, acier, lumière, peinture, résine, Plexiglas, oiseau naturalisé, faïence et tapisserie.
    Auteur : Edward KIENHOLZ
    Date : 1980 / 1981
    Dimension : 300 x 250 x 125 cm
    Acquisition : Achat à la Galerie Lelong par le Fonds national d'art contemporain en 1994.
    Transfert de propriété au Musée de Grenoble en 2008.

    Localisation : SA39 - Salle 39

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    Ils créent ensemble

    Le travail de Nancy Redin et Edward Kienholz nous plonge dans l’Amérique conservatrice contemporaine. Véritables visionnaires, ces artistes autodidactes créent des installations spectaculaires et offrent une vision sans concession.

    Cette œuvre propose une réflexion sur la condition féminine.

    Fruit du reflet renvoyé par le miroir, l’image double du mannequin pose la question de l’identité. Englué de peinture grise, le corps possède les attributs de la femme-objet.

    Les personnages grandeur nature impliquent le spectateur physiquement. Happé, il ne peut échapper au drame qui se joue devant lui. Il adopte la position du voyeur et regarde par l’œilleton, subtilement dissimulé dans la structure métallique.

    Le couple n’épargne rien et dénonce le sexisme et les abus sexuels. Il critique notre société dans ce qu’elle a de plus abject.

  • Echelonnement

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Sophie TAEUBER-ARP (Sophie-Henriette TAEUBER, dit)
    Date : 1934
    Dimension : 65 x 50,8 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Achat à Marguerite Arp-Hagenbach en 1969
    Localisation : SA30 - Salle 30

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    Une totale harmonie

    Danseuse expressionniste exubérante, élève du chorégraphe Von Laban, Sophie Taeuber irradie de son énergie éclectique. Pendant la première guerre mondiale, elle partage l’euphorie du Cabaret Voltaire, temple du mouvement dada à Zürich.

    En 1915, elle rencontre Hans Arp. Dans une parfaite harmonie, le couple crée intensément. Difficile de discerner l’apport de l’un à l’autre. Véritable laboratoire, l’atelier est le fruit de trouvailles mutuelles fécondes. Opérant sur tous les fronts, sculptures, peintures, collages, leurs œuvres abstraites se confondent.

    Suite à la mort de Sophie en 1944, l’écriture du recueil « Jours effeuillés » témoigne du bel hommage de Hans à ce personnage lumineux.

    « Les roses et les étoiles

    Ont la figure de Sophie

    La douceur de son cœur

    La pureté de sa vie. »

    Les roses et les étoiles, 1945

  • Marcel Sembat lisant

    Médium : Huile sur carton
    Auteur : Georgette AGUTTE
    Date : XXe siècle
    Dimension : 60,5 x 49 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Don d'Andrée Hayart, famille Agutte-Sembat, en 2005
    Localisation : SA23 - Salle 23

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    Collectionneurs passionnés

    L’arrivée des premiers Matisse relie l’histoire des Agutte-Sembat, au Musée de Grenoble.

    À une époque où l’école des Beaux arts refuse l’accès aux filles, Georgette Agutte, femme de tempérament, suit les cours de Gustave Moreau. Proche de Jaurès, Marcel Sembat, député socialiste et ministre, s’initie à l’art par le biais de sa femme. Défenseurs de l’art moderne, ils constituent une collection d’œuvres de leur temps.

    En 1922, suite à la mort brutale de son époux, Georgette se suicide.

    "Par lui j'avais le bonheur, mais, sans lui, la lumière est morte. Je ne puis vivre sans lui. Minuit. Douze heures qu'il est mort. Je suis en retard".

    Auparavant, elle rédige un legs en faveur d’un « musée de province collectionnant l’art moderne », y intégrant « les meilleurs tableaux de moi ». Le musée inaugure les salles Agutte-Sembat en septembre 1924. En 1925, au centre de Grenoble, le boulevard du même nom est baptisé.

D'autres parcours à découvrir

  • Fraise, corset et manches bouffantes

    Les collections du musée ne permettent pas de faire une histoire complète du costume. Mais, dans un monde d’images muettes, le vêtement fait partie de ces détails qui disent beaucoup.

  • Le langage des fleurs

    Quand vous offrez un bouquet, prenez-vous garde à la signification des fleurs qui le composent ? Ou bien les choisissez-vous purement pour leur beauté, leurs coloris ?

  • Belles de nuit

    Elle est appréhendée dans ses dimensions sociales et culturelles à travers la sculpture et la peinture, du XVIIe siècle à l’art contemporain.