Belles de nuit

Elle est appréhendée dans ses dimensions sociales et culturelles à travers la sculpture et la peinture, du XVIIe siècle à l’art contemporain.

Cette sélection évoque le statut ambivalent des prostituées, la splendeur des demi-mondaines mais aussi la misère et l’oppression...

  • Phryné

    Médium : Marbre de Paros
    Auteur : James PRADIER (Jean-Jacques PRADIER, dit)
    Date : 1845
    Dimension : 183 x 40 x 47 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Legs de Jules Monnet-Daiguenoire en 1903
    Localisation : SA18 - Salle 18

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    Le XIXe siècle très puritain aime la grâce de cette statue sensuelle, se cachant derrière le « Beau idéal », oubliant qu’il s’agit de la prostituée la plus célèbre de la Grèce Antique …

    Courtisane d’Athènes, Phryné est une « hétaïre », une prostituée de haut rang ! On achète aussi son intelligence, sa beauté, son savoir-vivre, pour l’inviter dans les dîners mondains et montrer ô combien on sait bien s’entourer. Phryné est célèbre pour ses tarifs élevés. Une nuit d’amour pour un « talent », qui correspond à presque 26 kg d’argent…

    Accusée d’avoir servi de modèle pour une statue de déesse tant sa beauté est grande, elle doit passer devant le tribunal pour impiété. Lors de son procès, son avocat ne parvient pas à convaincre les juges. Phryné détache sa tunique, dévoilant ainsi la grâce de son corps parfait. À la vue de sa splendeur, elle fut acquittée et conduite jusqu’au temple d’Aphrodite. Déesse de l’amour et de la sexualité…

  • La Mort de Messaline

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Victor François Eloi BIENNOURRY
    Date : 1850
    Dimension : 221 x 299 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Achat par commande à l'artiste en 1850
    Centre national des arts plastiques
    Dépôt au Musée de Grenoble en 1852

    Localisation : SA17 - Salle 17

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    Messalina est l’épouse de l'empereur romain Claude au 1er siècle de notre ère. Les historiens antiques lui attribuent une conduite scandaleuse qui provoqua sa perte. La tradition en donna une image de « putain impériale ». Elle est ainsi devenue l'incarnation même de la luxure et du scandale. Mais pourquoi une telle réputation ? Messaline, décidée à prendre le pouvoir, se marie avec son amant Silius. Informé, l’Empereur découvre le complot de sa femme et de son amant.

    L’Impératrice condamnée s'est réfugiée ici dans les jardins de Lucullus. Sa mère la presse de mettre elle-même fin à ses jours. Dramatisée à l'envi, la scène montre Narcisse accablant la malheureuse d'injures. Messaline s'empare alors d'un poignard et tente de se suicider. Elle n'y parvient pas et sera exécutée par le soldat à l’arrière-plan. L’histoire fera la suite ! Ne dit-on pas d’une femme aux mœurs dissolues qu’elle est une Messaline ?

  • Marie-Madeleine à la grotte de la Sainte-Baume

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Charles LE BRUN (atelier de)
    Date : vers 1656 - 1657
    Dimension : 358 x 255 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Dépôt de l'Etat en 1799
    Localisation : SA09 - Salle 09

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    Dans la Bible, Marie-Madeleine est présentée comme une « pécheresse dans la ville ». Ce n’est donc pas sans raison qu’elle a une réputation de femme légère et sensuelle. Avant sa rencontre avec Jésus, c’est une femme libre, aimant les fêtes, le luxe et les plaisirs. Jésus la délivre de sept démons ; elle devint alors une de ses disciples.
    La sainte porte les traces de sa vie d’avant : belle chevelure sensuelle, flacon de parfum à ses côtés. Elle a remplacé ses tenues frivoles par une « discipline » de lin rêche qu’elle porte à même la peau ainsi qu’un fouet avec lequel elle se flagelle pour expier ses péchés.
    Hypocrisie de la part l’Église : on trouve des bordels possédés par des monastères ! Et le pape Sixte IV au XVe siècle décide de taxer les prostituées de Rome pour financer la chapelle Sixtine ! Marie-Madeleine est encore aujourd’hui la Sainte patronne des parfumeurs et … des prostituées !

  • Jeune bergère

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Paulus MOREELSE
    Date : 1622 - 1635
    Dimension : 67,5 x 52,5 cm
    Crédit : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIXDomaine public
    Acquisition : Achat par Louis Joseph Jay au citoyen Cailar en 1799
    Localisation : SA06 - Salle 06

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    Pour ce charmant portrait de « jeune bergère », tel que l’indique avec pudeur le cartel, le peintre s’est inspiré du recueil d’un de ses contemporains intitulé «Miroir des plus belles courtisanes de ce temps ». Dans cet ouvrage les "femmes de joye" affichent leurs seins nus. Le modèle de la voluptueuse bergère se prénomme Silvia. Les joues rosies, faussement timide, elle nous regarde avec gourmandise. Son chapeau est orné d’une rose ? La fleur d'Aphrodite, déesse de l'amour…

    Les scènes de prostitution sont fréquentes dans la peinture du nord à cette époque. Elles prennent comme prétexte la parabole du Fils prodigue, et plus particulièrement le moment où il « dissipe son bien en vivant dans la débauche ». Mais ne nous méprenons pas ! L’occasion était donnée, sous couvert de message moralisateur condamnant le vice, l’alcool et la débauche, de satisfaire les désirs de l’acheteur du tableau !

  • Le bain

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Tony ROBERT-FLEURY
    Date : 1903
    Dimension : 174 x 100 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. LacroixDomaine public
    Acquisition : Don Gustave Rivet en 1912, acquis par lui auprès de Mme Robert-Fleury
    Localisation : SA20 - Salle 20

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    Mais qui est cette femme à la sortie du bain ? Que fait-elle ici dans une position si intime ? Nous sommes à Paris, capitale mondiale de la modernité mais aussi capitale de l’amour, ville du vice et considérée alors comme le bordel de l’Europe. Cette femme rousse est une cocotte. Non, pas une « fille de trottoir », mais la « pensionnaire » d’une maison close dans son nouveau décor haussmannien, luxueux et propre. Car en matière de prostitution, le XIXe siècle est le siècle des hygiénistes ! Le médecin Parent-Duchatelet, auteur d’un rapport de 1200 pages sur la question, tire la conclusion que, les bas instincts de l’homme ne pouvant être réprimés, il prescrit une grande vigilance dans les « maisons de tolérance » pour éviter les différentes infections notamment la syphilis qui se répand à l’époque. Les maisons closes de Paris se font installer ainsi les premières baignoires de la capitale !

  • Nu à la chemise mauve

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Charles CAMOIN
    Date : 1908
    Dimension : 65,3 x 81 cm
    Crédit : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIX© Adagp, Paris
    Acquisition : Achat en 2012, avec la participation du FRAM
    Localisation : SA27 - Salle 27

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    Ce Nu à la chemise mauve évoque sans équivoque l’activité des maisons closes à Marseille, sujet que l’artiste a traité à plusieurs reprises. On y voit une jeune femme dans une pose lascive. Ici, nul prétexte de toilette ou de bain pour justifier le nu à l’érotisme sulfureux ! C’est dans la célèbre rue Lanternerie, qui dévalait vers le Vieux-Port, qui marque aujourd’hui le début du Panier, que l’on trouvait treize “maisons de tolérance” pour seulement quatorze immeubles, et sur les 68 mètres de long, 59 prostituées recensées … Cette rue a définitivement disparu lors des destructions allemandes de février 1943. Elle était la principale artère du « Secteur réservé », à savoir une zone de prostitution tolérée à destination des marins et des voyageurs. Des publicités en vantaient même les mérites et on se félicitait du côté de la mairie d’avoir créé une « Attraction touristique unique au Monde » !

  • Portrait de Billy

    Médium : Huile sur toile
    Auteur : Kees VAN DONGEN
    Date : 1920
    Dimension : 100 x 81 cm
    Crédit : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIX© Adagp, Paris
    Acquisition : Legs de Mme Annette Wolfers-Denner à l'Etat en 2003.
    Dépôt du Musée national d'art moderne / Centre de création industrielle en 2009.

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    Peintre de la vie nocturne parisienne, Van Dongen réalise ici le portrait de Billy. L’élégance du modèle ne laisse rien présager des activités présumées de cette femme raffinée. Née Aline Roblot en 1901, orpheline à l’âge de seize ans, la jeune femme se prostitue puis ouvre en 1941 l’"Étoile Kléber " dans le XVIe arrondissement. C’est l'une des maisons closes les plus réputées de Paris dont on connaît les us et coutumes grâce aux confidences qu’elle écrit dans sa biographie « La Maîtresse de maison ». Enrichie par les débordements de quelques têtes couronnées de passage, et d'hommes politiques sous la IVe et la Ve Républiques, elle reçoit aussi le Tout-Paris mondain et les vedettes internationales qui viennent y prendre un verre : Marlène Dietrich, Cocteau, Sacha Guitry et sans oublier Edith Piaf qui, de 1941 à 1943, loua une chambre au dernier étage de « La maison de tolérance » !

  • Anita at the Victor Hotel

    Médium : Huile sur isorel
    Auteur : Robert GUINAN
    Date : 1979
    Dimension : 81,8 x 122,5 cm
    Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix© Robert Guinan
    Acquisition : Achat à la Galerie Albert Loeb en 1981
    Localisation : SA39 - Salle 39

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    C’est la peinture de Toulouse Lautrec qui ouvre les yeux de Robert Guinan, lui fait découvrir l’existence d’une vie marginale et tellement éloignée du milieu de l’art : celle des bars louches, des bas-fonds, des prostituées que le peintre parisien a représenté avec beaucoup d'humanité.

    Installé à Chicago, c’est comme s’il venait de trouver une mine d’or dans ce domaine. Guinan marche ainsi sur un trottoir de la ville, tard le soir, croise une prostituée, lui montre quelques dollars et la suit dans un hôtel. La chambre est plongée dans une atmosphère glauque. Il y a un lit en fer, un rideau pitoyable masquant la fenêtre, une chaise bancale, sur laquelle l’artiste s’installe, déballe son matériel: des crayons, un carnet. La putain allongée sur le lit en sous-vêtements lui dit: «ce serait plus simple si on baisait». Alors, impassible et obstiné, il lui répond: «je dois faire ce travail».

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