Monument

Christian BOLTANSKI
1985
Photographies, ampoules électriques et fil électrique
350 x 1000 cm
Crédit photographique :
Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix
Acquisition :
Achat au Consortium Centre d'art contemporain
avec la participation du F.R.A.M. en 1987

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Mail Art et petits films caractérisent le travail de Christian Boltanski à ses débuts. Dans les années 70, il élabore des installations où se mêlent photographies, objets du quotidien et écrits qui sont autant de récits de vie, la sienne d’abord, puis celle d’inconnus. Ces biographies muséographiées, souvent fictives, agissent comme un miroir sur le spectateur, le confrontant à la vanité de sa propre existence. Les photographies d’amateurs – portraits ou clichés de vacances sans aucune intention esthétique – reproduites, encadrées et disposées dans des vitrines ou couvrant l’espace du mur, témoignent d’une vie banale, disparue aussi vite que saisie par l’objectif. Ce travail sur la mémoire, qui est aussi une réflexion sur la mort, trouvera une illustration particulièrement émouvante dans les amoncellements de vêtements, portraits anonymes éclairés d’une lumière blafarde et autels faits de boîtes de biscuits métalliques qui se multiplient à partir des années 80 et que l’artiste appelle ses Leçons de Ténèbres. Ces installations qui occupent parfois une pièce entière évoquent immanquablement les camps de la mort et provoquent malaise et émotion tout en essayant d’éveiller les consciences.
Les deux œuvres des collections du musée de Grenoble que sont Monument, de 1985, et La Réserve des Suisses morts, de 1992, procèdent de la même démarche et sont deux variations sur le thème de la mémoire. Dans Monument, ce sont les portraits photographiques d’enfants d’une classe de sixième d’un collège de Dijon, figés dans une jeunesse éternelle, qui sont disposés selon un triptyque. Les petites lampes qui baignent d’un halo les visages évoquent la lumière tremblotante des cierges et confèrent à l’ensemble une dimension sacrée. Cette œuvre se veut avant tout un hommage à l’enfance, cette part de nous qui meurt en premier. Dans La Réserve des Suisses morts, Boltanski a collé des portraits de défunts anonymes parus dans la rubrique nécrologique d’un journal suisse sur le devant de boîtes de biscuit, comme si l’existence entière de ces individus pouvait tenir à l’intérieur…

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