Phryné

James PRADIER (Jean-Jacques PRADIER, dit)
1845
Marbre de Paros
183 x 40 x 47 cm
Crédit photographique :
Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix
Acquisition :
Legs de Jules Monnet-Daiguenoire en 1903
Localisation :
SA18 - Salle 18

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James Pradier appartient à une génération de sculpteurs de la première moitié du XIXe siècle qui fut influencée par l’hellénisme, et dont le goût de l’Antique fut ravivé par les modèles grecs découverts depuis peu, comme la Vénus de Milo ou les marbres du Parthénon. Les collections du Louvre, enrichies par l’Empire, étaient abondamment copiées lors de la formation à l’école des beaux-arts de Paris où Pradier fut l’élève du sculpteur Frédéric Lemot. En 1813, Pradier remporte le prix de Rome et s’installe pour cinq ans dans la ville éternelle. Le succès de sa Bacchante au Salon de 1819 consacre le début d’une brillante carrière et lui assure de nombreuses commandes. Si l’œuvre de Pradier s’inscrit pleinement dans l’époque du « Beau idéal » remis à l’honneur par le courant néoclassique, le sculpteur en infléchit l’austérité en conférant au nu féminin, son thème de prédilection, des accents tantôt romantiques, tantôt réalistes, élégants ou sensuels. Première représentation monumentale du sujet, Phryné fut l’une des sculptures les plus remarquées au Salon de 1845. Ayant ébauché dans un premier temps une figure de nymphe, Pradier lui donna finalement le nom de Phryné. Courtisane d’Athènes, Phryné aurait été le modèle de Praxitèle, dont elle était la maîtresse, pour son Aphrodite de Cnide. Accusée d’impiété, elle fut dévoilée par l’orateur Hypéride devant les juges de l’Aréopage qui l’acquittèrent en raison de sa beauté. Pradier, qui se voulait le digne héritier de Praxitèle, sculpta sa figure dans du marbre de Paros qu’il rehaussa de polychromie et d’or dont il reste quelques traces sur la bordure du drapé. S’inspirant autant de la Diane de Gabies du sculpteur grec que des nymphes de la fontaine des Innocents de Goujon ou de la Vénus Anadyomène d’Ingres, Pradier parvient à un équilibre subtil des volumes et des lignes, les plis serrés du drapé mettant en valeur les formes fluides et amples du corps féminin. Le geste suspendu, l’inclinaison de la tête et le léger contrapposto prêtent à Phryné une réserve et une grâce intériorisée qui instillent le doute : est-elle en train de se voiler ou de se dévoiler ? Cette part de mystère confère à la figure une sensualité qui se mêle aux aspirations de « noble simplicité et de calme grandeur » prônées par Winckelmann.

Un autre regard

  • Belles de nuit

    Elle est appréhendée dans ses dimensions sociales et culturelles à travers la sculpture et la peinture, du XVIIe siècle à l’art contemporain.

  • La sculpture au XIXe siècle

    La fin du XVIIIe siècle, en particulier suite aux fouilles d’Herculanum et de Pompéi, voit chez de nombreux artistes un regain d'intérêt pour les modèles grecs et romains.

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