Le Cap Layet

Henri-Edmond CROSS (Henri-Edmond DELACROIX, dit)
1904
Huile sur toile
89 x 116 cm
Crédit photographique :
Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix
Acquisition :
Legs de Pierre Collart en 1995
Localisation :
SA26 - Salle 26

Voir sur navigart

Si Henri-Edmond Cross fréquente le groupe des néo-impressionnistes, Seurat, Signac, Angrand et Dubois-Pillet dès 1884, ce n’est qu’en 1891 qu’il adopte leur manière de peindre par petites touches régulières de couleurs pures, non mélangées sur la palette. C’est aussi à cette époque que, pour des raisons de santé, il quitte définitivement Paris pour s’installer sur la côte d’Azur, fasciné par la lumière crue et la vivacité colorée des paysages méditerranéens. Le Cap Layet, réalisé en 1904, montre une crique rocheuse du Lavandou bordée de pins que l’artiste choisit de traiter en vue plongeante, depuis le sentier côtier. La silhouette sinueuse et presque fantastique des pins, plongés dans une ombre bleutée au premier plan, laisse éclater au loin la clarté lumineuse et violente des rochers et de la végétation de la crique. Les petits points néo-impressionnistes laissent place ici à une touche plus large, nette et morcelée quand les couleurs pures, jaune vif, orange, rouge, vert, bleu, violet, mélangées optiquement, explorent toute la gamme du spectre chromatique et traduisent à merveille ce scintillement et cet éclat propres aux paysages du Sud. « Des collines de pins et de chênes lièges viennent mourir doucement dans la mer, et s’offrent, en passant, une plage de sable, d’un grain ignoré au bord de la Manche », c’est ainsi que Cross décrit son tableau à Signac, résidant à Saint-Tropez. C’est d’ailleurs cet été-là que les deux amis, en compagnie de Matisse, se retrouvent dans le petit port méditerranéen pour peindre côte à côte, enrichissant mutuellement leur palette. Préparé sur le motif par une aquarelle aux accents japonisants, Le Cap Layet existe aussi dans une version plus petite où trois promeneurs donnent l’échelle du paysage et où les coloris restent encore soumis à des règles de vraisemblance. La toile finale, plus décorative et d’une plus grande liberté de tons, bien éloignée de l’observation servile du motif, traduit la volonté de l’artiste de dépasser « la glorification de la nature » pour parvenir à « la glorification d’une vision intérieure ».

Un autre regard

Découvrez également...